Julia Holter est une Californienne de 30 ans qui vient de faire paraître son quatrième opus. « Have You In My Wilderness » est un album audacieux et quelque peu difficile d’approche, mais tout de même beaucoup plus accessible que ses précédents projets. Quelque part entre le baroque pop des Beach Boys, l’ambition et l’inventivité d’une Kate Bush et la froideur calculée d’une Nico, Julia Holter trouve tranquillement sa place et nous offre un superbe album de pop expérimentale.

La diplômée en composition musicale de la California Institute of the Arts a travaillé sur cet album avec le réalisateur Cole Marsden Greif-Neill. Ce qui frappe immédiatement après une première écoute, c’est la voix de Julia Holter, haute, planante, souvent pleine d’écho et résolument en avant dans la balance sonore. On retrouve également à plusieurs reprises des couches de voix superposées, créant d’excellents effets psychédéliques; la très bonne Lucette Stranded On The Island en est le meilleur exemple, suivie de près par Silhouette.

L’autre élément qu’on remarque est l’instrumentation dense et étagée de la plupart des chansons. La réalisation est toutefois très bonne, ce qui fait que le son est toujours clair et jamais confus. On aime bien le clavecin sur l’envoûtante Sea Calls Me Home, où on peut également entendre un excellent solo de saxophone. Débutant lentement, la magnifique chanson-titre s’épanche avec de superbes arrangements de cordes (dont une belle envolée au violoncelle) et un joli piano. Vaste, bien construite, pleine de subtilités et très mélodique, Betsy On The Roof est une des meilleurs chansons de l’album. L’atmosphérique et séduisante Feel You est aussi élaborée à partir d’une mélodie au clavecin et aux cordes.

Lente et mystérieuse, How Long? a de superbes arrangements de cordes sur lesquels plane de manière inquiétante la voix, ici plus grave, de Julia Holter; Night Song a le même genre d’ambiance. Vasquez va vraiment ailleurs au plan de la sonorité, avec un jazz-fusion un peu space qui aurait pu se retrouver sur un des disques de la trilogie berlinoise de Bowie. La surprenante Everytime Boots détonne également du reste de l’album, faisant cette fois dans un sorte de country-pop psychédélique d’une fraîcheur éclatante. Cette dernière pièce nous montre une autre facette de l’immense potentiel de l’artiste. On peut peut-être aussi avoir une idée d’où elle pourrait aller avec son prochain album.

Difficiles à classer musicalement, les très bonnes chansons de « Have You In My Wilderness » sont aussi très difficiles à analyser, les textes étant très imagés et métaphoriques. Julia Holter a réussi le tour de force de demeurer intime et intrigante, malgré la musique souvent grandiose qui habille ses morceaux. Son quatrième album manque peut-être de mélodies fortes et de refrains accrocheurs, mais il ne manque surtout pas d’originalité, d’inventivité et d’ingéniosité. Sa pop avant-gardiste et expérimentale est unique, mais nécessite quelques écoutes afin de l’apprécier à sa juste mesure.

Have You in My Wilderness julia holter
JULIA HOLTER
Have You In My Wilderness
(Domino, 2015)

-Genre : Art pop expérimental
-Mélange entre Kate Bush, The Beach Boys et Nico

Lien vers l’achat en ligne (iTunes)
Lien vers la page Facebook de l’artiste

Le tour de force de JULIA HOLTER
ORIGINALITÉ 90%
AUTHENTICITÉ 85%
ACCESSIBILITÉ 75%
DIRECTION ARTISTIQUE95%
QUALITÉ MUSICALE90%
TEXTES 85%
87%Overall Score
Reader Rating: (0 Votes)
0%

Réagissez à cet article / Comment this article

commentaires / comments

About The Author

Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
Google+

Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.