Les cyniques vont rire de moi de vous parler de Julien Clerc sur un site dévoué à la musique de qualité comme RREVERB. C’est vrai que Julien Clerc, à l’instar de Claude Dubois ou Robert Charlebois, a jadis été un artiste avec de la substance avant de tomber dans la guimauve et la variété, et de s’empiffrer de compilations « ultimate very best of » en ajoutant une nouvelle chanson tous les cinq ans.

Entre 1973 et 1978, Julien Clerc était un artiste qui jouissait de collaborations précieuses avec des auteurs de renom, au sommet de leur art, comme Étienne Roda-Gil, Jean-Loup Dabadie et Maxime Le Forestier qui lui permettent de mettre en valeur ses talents de compositeur : Clerc a toujours tout composé, mais jamais rien écrit.

« À mon âge et à l’heure qu’il est » est un très bel album qui contient de très belles chansons dont le spleen touche (Le coeur trop grand pour moi) et la fougue n’est pas feinte (Black out (faire l’amour ici)).

Le talent de Julien Clerc est tel qu’il créé des chansons phares comme Je suis mal avec une apparente facilité. Sa voix est grandiose, transportant sans hésitations les grandes émotions comme Brel le faisait (encore mieux, Brel restant Brel). Sa musique est toujours précise et juste. Chaque refrain, chaque couplet, chaque bridge sont très bien amenés. À part Paul McCartney, je ne pense pas à personne d’autre qui y arrive aussi bien. La chanson titre est un autre très beau moment de la carrière de Julien Clerc. Certains morceaux sont plus typiques des années folles que sont les seventies (Aujourd’hui rien n’est normal, un énergique soul rock).

Aucun citron sur ce 8e album de la jeune carrière de ce musicien né en Paris dans le XIXe arrondissement à et dont le véritable prénom est Paul Alain. Les jours de joie est peut-être un peu facile, mais Amis est une efficace chanson folk qui transmet le même genre de complicité que Les copains d’abord de Brassens, écrite quelques décennies plus tôt. Une chanson folk pop comme la brève Romina est une petite perle qui met en valeur la grande versatilité (musicale et vocale) de Julien Clerc.

Très peu d’artistes français ont pu transmettre autant d’émotions, de poésie, dans un format pop accessible. Francis Cabrel, Joe Dassin (en faisant abstraction de ses moments quétaines et du fait que la moitié de ses classiques sont des adaptations de chansons américaines), Claude Nougaro peut-être, Michel Berger (qui a composé Starmania avec Luc Plamondon et tous les albums de France Gall, etc.) et Véronique Sanson font partie de cette classe à part d’artistes véritables (au moins à une certaine époque de leur carrière) qui ont réussi à sortir de la chanson pop de très haut niveau.

La délicatesse de l’intro de J’aime ton corps est une merveille. Écoutez comme la pièce vire ensuite dans un élan passionné, sur un texte exquis. On peut parler d’érotisme élégant. Trente ans plus tard, Pierre Lapointe reprenait le créneau.

J’aime ton corps de délit grave
Où le feu du délire aggrave
Le creux des lits où tu as chaud.
Délicate crevasse
Où mon temps se passe

Encore aujourd’hui, du haut de ses 67 ans, Julien Clerc porte une élégance et une classe qu’il a toujours transmises dans sa musique, un peu comme Charles Aznavour. Malheureusement, il semble s’être réfugié depuis une vingtaine d’années dans la simple exécution des grands succès (et ils sont nombreux) textuellement, sur scène. Il se sent sans doute obligé d’interpréter des chansons insignifiantes comme La fille aux bas nylons (du Plamondon), Melissa ou Assez assez (et sa maladroite référence aux seins de Sophie Marceau…).

Ses disques récents comportent généralement une ou deux chansons potables, les autres n’apportant pas grand-chose. Mais ceux des années 70 comme « À mon âge et à l’heure qu’il est » valent vraiment la peine d’être (re) découverts.

julien-clerc-a-mon-age-1976

JULIEN CLERC
À mon âge et à l’heure qu’il est
(Virgin, 1976)

-Genre: chansons française
-Dans le même genre que Francis Cabrel, Michel Berger, Charles Aznavour

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.