Fin 2012, Kendrick Lamar, un jeune rappeur sorti de nulle part se faisait consacrer « révélation de l’année ». J’ai eu beau écouter plusieurs fois son album « Good kid, m.A.A.d city », jamais je n’ai embarqué. Bon, mais pas de là à l’élever si haut dans la hiérarchie musicale.

Voilà que sort son successeur, « To Pimp a Butterfly » et qu’on remet ça. Kendrick Lamar sera la tête d’affiche de plusieurs festivals estivaux d’importance, en commençant par Osheaga, le weekend du 31 juillet, 1er et 2 août. Écoutons donc son nouvel opus pour savoir ce qu’il en est.

L’opus débute avec un funk pop, Wesley’s Theory (featuring le légendaire George Clinton et le bsssiste trash Thundercat) qui va là où on a toujours souhaité que Prince aille: une musique plus funk et hip-hop que la pop mince qu’il nous a trop souvent offert. L’interlude For Free est carrément une pièce purement jazz sur laquelle Lamar lance sa prose hyper rapidement, presque plus à la spoken word que rap. L’esprit n’est pas si loin de ce que le Velvet faisait avec ses expérimentations telles The Murder Mystery.

En troisième position, le tube: King Kunta. Une bombe. Basé sur une ligne de basse hyper entraînante (les choristes vont même lancer des « We Want The Funk » comme le faisaient George Clinton (justement) avec Parliament en 1975) et un rythme hyper simple, King Kunta est LE morceau rassembleur que Kendrick Lamar avait besoin de créer pour convaincre les derniers sceptiques.

D’autres morceaux comme Institutionalized sont plus typiques du hip-hop au niveau vocal, mais avec une musique jazz lounge de qualité, qui ressuscite les meilleurs moments d’artistes disparus comme Guru ou US3. Les passages de clarinette donnent cette classe au hip-hop de Lamar que peu maîtrisent dans ce genre musical. Bon, il y a encore pas mal de « nigger » partout, et d’histoires de « homies » qui ne me rejoignent pas du tout (et qui m’apparaissent assez similaires à celles des autres rappeurs), mais ça fait partie du langage et de l’univers de ces artistes.

These Walls débute avec un angle de funk pop sensuel (pour ne pas dire « cochon ») à la Prince, dans lequel le chanteur invité Bilal prend même l’intonation de voix de leur maître. On entend la qualité musicale dans les détails. Les cordes sont bien dosées, subtilement en soutien, pas aussi « in your face » que chez Woodkid, par exemple. Encore une fois, une clarinette passe et amène un degré supérieur.

Oui, on a ici un très solide album. Le genre qu’on prendra plaisir à redécouvrir en profondeur au fil des écoutes. Assez accessible pour rejoindre un plus large public que les amateurs de hip-hop seuls (même s’ils sont nombreux). À placer aux côtés des grands disques de hip-hop comme « Check Your Head » des Beastie Boys ou « The Chronic » de Dr. Dre.

Bravo Kendrick Lamar, tu m’as convaincu.

KENDRICK LAMAR
To Pimp a Butterfly
(Top Dawg Entertainment, 2015)

-Genre: hip-hop enrichi de jazz et de funk
-Avec des tonnes d’influences, de Prince à Parliament
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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.