Une soirée fébrile s’il en est une! Mardi 1er juillet était pour moi un (autre) marathon d’une salle à l’autre au Festival International de Jazz de Montréal: une soirée comme je les aime!

Tout a débuté au Club Soda où jouait le musicien Touareg Bombino. L’homme du Niger qui joue de la guitare électrique avec passion malgré une technique limitée, comme quoi on n’a pas toujours besoin d’être un virtuose pour faire décoller l’ambiance d’une salle. L’énergie transmise par Bombino et son groupe multiethnique était contagieuse, son sourire était sincère.

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Rendez-vous avec le vénérable crooner

Trip complètement différent à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts où le vénérable Tony Bennett, 87 ans, exécutait un tour de son immense répertoire entouré d’un léger quartette (de vieux pros). Le format permettait d’apprécier le métier sans tomber dans tout l’enrobage des big bands. Généreux, Tony Bennett laissa beaucoup de place à ses musiciens qu’il présenta deux fois plutôt qu’une. Plusieurs chansons furent interprétées, souvent saluées par un « aahh » de satisfaction du public — plutôt âgé — de reconnaître sa préférée parmi les I Got Rhythm, Just In Time ou Steppin’ Out With Baby (la mienne!). Plusieurs morceaux étaient par contre tronçonnés, raccourcies, pour permettre au grand chanteur d’en jouer plus sans trop s’essouffler.

photo: Denis Alix

photo: Denis Alix

Puis, coup de théâtre, Tony annonce une invitée spéciale: LADY GAGA! Rien de moins! Et voilà la pop star apparaître, à la surprise générale, puis applaudie par un public un peu interloqué. Très élégante dans une robe blanche scintillante, petit voile blanc sur les épaules, l’excentrique reine de la pop s’est mise à chanter du jazz, avec talent, aplomb et passion comme une chanteuse qui aurait fait ça toute sa vie! Voyez plutôt!

Je savais, pour l’avoir vue en concert au Centre Bell il y a quelques années, qu’elle avait une très bonne voix et une technique impeccable, mais de l’entendre chanter avec autant de sincérité et de respect des classiques du jazz, seule (comme dans le clip ci-dessus) ou en duo avec monsieur Bennett, lui a assurément fait gagner le respect des jazzivores… et des aînés! Lady Gaga en est ressortie acclamée par le public de la Place des Arts, grande gagnante de ce « coming out » jazz. On annonce un album en duo Gaga/Bennett en septembre, intitulé « Cheek to Cheek ».

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LADY GAGA sortant de son hôtel montréalais pour se rendre à la Place des Arts (Montréal)

Rendez-vous avec des légendes vivantes du reggae

Vite, on repart au Metropolis, où les légendes du reggae se sont rejoint: Sly & Robbie, section rhymique de tout ce qui est important en Jamaïque (de Bob Marley à Peter Tosh) ont réchauffé la salle avant que le vénérable (un autre) Burning Spear prenne leur place devant de très nombreux amateurs de reggae venus voir la légende, maintenant âgé de 69 ans.

Honnêtement, le choix de chanteurs « crooners pop » de Sly & Robbie était douteux. On a viré de l’excellent reggae aux chansons romantico-quétaines de jeunes soi-disant « stars » du reggae moderne. Très long, redondant et pénible.

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Robbie Shakespeare (à la basse) avec l’un des bons chanteurs de son groupe.

Arrive enfin le grand rastaman. Assez concentré, assez enjoué pour faire plusieurs pas de danse et jouer des percussions, Burning Spear a parfois paru confus : est-ce qu’il oubliait les paroles de certains morceaux, était-il fatigué ou accablé par l’humidité montréalaise? Il passait parfois de longues secondes avec le micro devant la bouche sans qu’aucun son n’en sorte. Malgré cela, son équipe l’a bien entouré d’un reggae solide et hypnotique qui a fait danser sans hésitation le Métropolis dont plusieurs étaient visiblement ravis de voir cette idole en chair et en os chanter devant eux.

photo: Victor Diaz Lamich

photo: Victor Diaz Lamich

 

Il faisait chaud, il faisait humide. Les gens étaient beaux. Ils semblaient heureux.

La suite demain : suivez le guide au Jazz!

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.