D’entrée de jeu, en toute transparence, je prenais siège hier, à la Place des Arts, au Théâtre Maisonneuve, à priori afin d’assister aux prouesses sonores et lyriques de Louis-Jean Cormier. Retrouvant ainsi le compositeur chouchou, en performance solo, sur scène élancée. L’ex-leader de Karkwa, paraissait je dois dire, un brin accablé, les échanges avec l’auditoire, un tantinet obligés. Vraiment rien de majeur! Ainsi, sans heurts, parmi un public délicieusement exaucé, de « riffs » et de textes bercé; je fus assouvi parfaitement dans mes attentes. Mais l’événement était loin d’être à court de surprises, en mettant de l’avant la grande rentrée de Martin Léon.

 

Photo: Benoit Rousseau

 

Le paysage musical québécois est spacieux et prospère et, bien qu’admiratif et respectueux des morceaux entendus jusqu’alors, je n’avais pas, par le passé, profusément croisé son œuvre: quatre très forts albums, une participation au lumineux projet “Douze hommes rapaillés“, célébrant Miron, plusieurs très achevées bandes sonores de films. Bref, je n’avais jamais non plus été témoin de ses réalisations en concert.

 

Quelle stupéfaction, quels « kick » artistique et enthousiasme total j’ai eus pour le travail musical phénoménal et pour l’étonnante présence de Léon! Une riche sagesse contemplative et un amour contagieux de la musique, celle avec un grand « M », émanent de cet artiste. C’était définitivement LA soirée de ce dernier et, Louis-Jean, son grand allié et ami lui a laissé, pour l’occasion, la place de choix. Cormier, s’est aussi mis de la partie, à la guitare, au sein du charmant orchestre de 8 musiciens venus accompagner et faire détoner les gracieuses pièces! Un plus qu’efficace ensemble construit de, notamment, Mélanie Auclair (voix, violoncelle), Mathieu Désy (contrebasse), Audrey Emery (voix) et Alexis Dumais (au piano).

 

Photo: Benoit Rousseau

 

Le concept du concert ayant originalement pris forme lors des “Laboratoires exotiques“, présentés au Quat’Sous, il y a déjà près de 4 ans, afin de, notamment, faire s’accélérer les particules et les titres du dernier album “Les Atomes“. Eh bien, cette « recherche », je dois dire, s’est soldée d’un immense et retentissant succès, le brevet saisi, le remède miracle à la grisaille du monde enfin découvert! Quel fou feu, funky et doux! Songeur quand il le faut, mais n’étant jamais loin de l’envol orchestral non plus. Martin Léon sait porter les lettres, les sons et les lieux au sein de concepts primitifs et ensorcelants.

 

Ce dernier a tant d’histoires à relater, foisonnantes d’allégorie, d’hyperboles quasi mystiques. Des contes de chair et d’âmes, quelque part entre la Main et le Mékong. Toujours le cœur et l’esprit comme cible! Lorsqu’il raconte, il le fait avec suprême calme et il prend tout le temps nécessaire. Nous avons eu même droit à une présentation, en bonne et due forme, sur la genèse de la pièce L’invisible. Le tout avec projections sur deux écrans: de souvenirs de voyages, de lieux féériques, mais aussi d’une séquence de travail, sur console numérique avec les fichiers audio déroulants; pointeur laser à l’appui, faut le faire, ce ne s’invente pas! Jamais aliéné, le public est demeuré pendu à ses lèvres. Quel habile guide touristique des contrées intérieures!

 

Ah quand la musique apporte de si précieux instants de rencontre! Comme retrouver, avec fracas, ce qui nous était pourtant alors inconnu! Les mélodies de Martin Léon, ont désormais pris place, grace à ce fameux concert, dans cet « espace », ce noyau qui me fait vibrer et elles y sont pour rester. Cette rare espèce d’authentiques poètes, conteurs, riches amuseurs dans le néant, on les prend comme ils viennent, à leurs propres rythmes! « (…) nulle part, mais détendu (…) là tu veux entendre la musique, suit là, va d’où elle vient! »

 

Photo: Benoit Rousseau

 

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Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L’écoute d’un disque est un instant privilégié de rencontre avec l’essence même d’un créateur. Maelstrom de sons, myriades d’émotions et petits morceaux d’âmes à l’état brut.

Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n’a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.