On le sait, beaucoup de Français ont cette conception mentale du « rêve américain », une fascination envers les cowboys, le far ouest, l’authenticité américaine. Plusieurs artistes – de tout acabit — ont tenté de saisir l’essence américaine en pèlerinage chez nos voisins du sud.

Chez Dick Rivers et Eddy Mitchell c’est assez évident, mais ce sont aussi les Jean-Louis Murat, CharlÉlie Couture et Michel Polnareff qui ont aussi été séduits par la muse américaine à un moment ou un autre de leur cheminement artistique.

Le groupe franco-suisso-vietnamo-américain Moriarty est sans doute celui qui a le mieux réussi à transposer ce rêve en musique. Depuis 1995, ce collectif de musiciens qui touchent autant au folk, qu’au country et qu’au jazz réussissent à transmettre leur passion sans faire de la musique pastiche. Ils viennent souvent jouer à Montréal (ils étaient même les chouchous du Festival de Jazz en 2012) et savent vraiment comment captiver les oreilles.

Leur nouvel album, « Fugitives » est plus country que tous les autres mis ensemble (Little Saddie, avec bombarde), ce qui n’est pas un virage brusque en tant que tel pour Moriarty. On constate simplement que Rosemary Standley et sa bande s’enfoncent encore davantage dans la prairie américaine pour plonger au creux de l’americana tel qu’ils le visualisent.

 

La chanteuse Rosemary Standley laisse d’ailleurs le micro assez souvent à ses complices masculins, personnifiant carrément Bob Dylan ou Willie Nelson (sur Pretty Boy Floyd, notamment), ce qui amène une couleur nouvelle au répertoire de Moriarty. Ils sont aussi capables de faire renaître le blues de Nina Simone et d’Ella Fitzgerald dans leurs plus sombres moments (la hanté Saint James Infirmary, en fermeture d’album).

La recherche insatiable d’authenticité est sincère et vraiment vécue à fond chez ses musiciens, qui se sont visiblement imbibés de l’esprit country folk américain. Très réussi!

Formé en 1995, le collectif de musiciens Moriarty a connu plusieurs changements de personnel avant de se stabiliser en 2007 autour de Rosemary Standley (qui chante régulièrement en français, comme sur Belle), Charles Carmignac (dobro, guitare), Arthur Gillette (guitare, piano), Thomas Puéchavy (harmonica, accordéon) et Stephan Zimmerli (contrebasse, guitare).

La chanson Jimmy, sur l’album « Gee Whiz But This Is a Lonesome Town » attire les oreilles et les éloges, et ce sera le début d’une série de concerts à travers l’Europe, l’Amérique et l’Asie. Soucieux de ne pas tomber dans la production de masse, ils se sont efforcés de terminer à la main les copies vinyle de leur album de 2011, « The Missing Room » en insérant des découpures de journaux ou cartes postales.

Moriarty n’est pas un concept hermétique : ils collaborent avec Philippe Dupuy, un dessinateur qui agrémentera leur prestation scénique ou encore Christine Salem, une musicienne de l’ile de la Réunion, qui colorera leur musique de sonorités chaudes et écrira des chansons avec eux. Sur « Fugitives », leur 5e album, ils ont invité le groupe Mama Rosin, Moriba Koita, Wayne Standley et Don Cavalli.

MORIARTY
Fugitives
(Air Rytmo, 2014)

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.