En 1974, Neil Young est une superstar du rock, un des symboles de l’idéal hippie de la côte ouest (bien qu’il soit Torontois à la base). Avec ou sans ses confrères David Crosby, Stephen Stills et Graham Nash, sa musique est remarquée. « Heart of Gold » est l’un des albums qui se sont le plus vendus en 1972 et le folksinger s’est élevé au niveau des plus grands de sa génération – avec raison.

Avec « On The Beach », Neil Young va une fois de plus déstabiliser son auditoire. Il offre un album de rock grandement électrique (Walk On), sombre (Revolution Blues) sans être aussi noir que le précédent effort « Tonight’s The Night », marqué au fer rouge par le décès par overdose du guitariste Danny Whitten qu’il venait de congédier (parce que dysfonctionnel en héroïnomane qu’il était).

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Photo: Henry Dlitz

Ce n’est pas le rock de Crazy Horse qu’on a ici. C’est la bande composée de Ben Keith (basse, guitare, dobro), Tim Drummond (basse) et Ralph Molina (batterie) qui produisent une ambiance assez lousse (Vampire Blues), permettant à la voix chambranlante du grand Neil de vibrer. C’est presque du jazz bluesé par moments, comme sur la pièce titre, On The Beach. D’ailleurs, cet album a été enregistré après “Tonight…” mais est paru avant, le 16 juillet 1974.

« I need a crowd of people / But I can’t face them day to day / Though my problems are meaningless / That don’t make them go away », se lamente-il, illustrant à la perfection son mal-être. Un déchirant solo de guitare semble avoir été puisé directement tout au fond de son âme. Young n’a jamais été un technicien de l’instrument mais il a toujours trouvé la note juste.

 

La perle absolue de cet album est le classique For The Turnstiles, magnifiquement joué au banjo par Young lui-même avec Keith au dobro. Sur ce morceau, le seul de format « folk » de tout l’album, la voix de Neil Young est fragile et puissante à la fois.

« On The Beach » est l’un des nombreux excellents albums de Neil Young. Peut-être moins connu que les mythiques « Heart of Gold », « Tonight’s the Night » et « Zuma » sortis un peu avant ou après. Peut-être une coche plus faible que ces trois grands albums auxquels il est forcément comparé puisque sorti dans la même séquence, mais définitivement intéressant.

neil young on the beach really

De nombreux invités de marque jouent sur cet album : David Crosby, Graham Nash apparaissent sur chacun un morceau, alors que les Crazy Horse Billy Talbot et Molina sur d’autres. Les membres de The Band Levon Helm (batterie) et Rick Danko (basse) y figurent ici. Le fidèle David Briggs partage les tâches de réalisateur avec Mark Harman et Al Schmitt.

La légende raconte que Young et ses complices consommaient une mixture faite d’un mélange de marijuana et de miel, ce qui, selon certains, expliquerait l’ambiance « molle » de certaines pièces, comme la belle See The Sky About To Rain, composition qui avait été prêtée aux Byrds pour leur dernier album, paru en 1973. Sur « Byrds », on retrouvera un autre classique de Young, Cowgirl in the Sand.

neil young on the beach poster

Je me souviens avoir acheté la cassette de cet album chez Sam The Record Man, alors que j’étais ado. « On the Beach » n’a pas été lancé en CD avant 2003, ce qui fait que cet opus a longtemps été très rare chez les disquaires. Une pétition en ligne par plus de 5000 fans a encouragé Young à retravailler les pistes originales pour le relancer en CD, presque 30 ans après la sortie de l’album original.

NEIL YOUNG
On The Beach
(Reprise, 1974)

-Genre: rock sombre
-Dans le même genre que Bob Dylan, The Band

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.