C’est le mois dernier, qu’Ólafur Björn Ólafsson, abrégé Óbó, faisait paraitre mondialement son premier, court, mais riche, disque solo «Innhverfi» (mot portemanteau désignant à la fois banlieue et introverti). Le pianiste claviériste/percussionniste islandais accompagnant Jónsi et Sigur Ros en tournée est cependant loin d’être à ses premières armes. En effet, ce multi instrumentaliste a su, ces dernières années, faire partager son art à l’écriture et sa magie aux percussions à plusieurs autres artistes scandinaves tels Emiliana Torrini et múm, pour n’en nommer que quelques-uns. Pour ma part, cet album représente un premier contact avec l’univers de l’artiste et je dois dire que j’ai été hautement ébahi.

 

Les morceaux ont, à leur base, des mélodies de guitares et/ou de piano souvent assez classiques, mais ils sont augmentés par tout un tintamarre de sonorités environnantes. Accordéons dissonants, glockenspiel, pianos trafiqués, sons d’ensembles sous synthétiseurs et tout un appareillage qui est usuellement l’apanage du jazz ou de la musique dite concrète. Ainsi, ces sept fresques ambiophoniques dépeignent, avec brio, à la fois mélancolie et beauté, mais surtout un paysage musicalement riche et tridimensionnel.

 

 

Aussi, même si je ne comprends pas un seul mot de la langue empruntée ici, la richesse de l’instrumentation est si vaste et compacte que chaque pièce semble évoquer des lieux vivants et des registres émotionnels précis qui résonnent très fortement et longuement chez l’auditeur. J’adore cette musique où autant de choses se passent en sourdine, aux abords, aux flancs des mélodies principales : craquements, bruitages, sonorités électroniques, réverbération brouillonne. C’est tout cela qui rend, à l’instar de Sigur Ros aussi, la musique aussi organique.

 

On dénote sur le disque des échos à la fois avant-gardistes et ambiants n’étant pas dans rappeler les sonorités particulières des artistes oeuvrant sur l’étiquette scandinave ECM. Il est donc ardu de classifier cette musique qui, bien qu’elle appartient clairement à la musique populaire, dispose aussi d’héritages classiques, jazz et même rock. Et cette voix atypique aussi; on croirait par moments entendre une espèce de crooner à la voix grave, râpeuse et craquante, tel un Tom Waits, tergiverser distraitement du haut d’un glacier. Le tout est à la fois audacieux et inclassable, entre trame cinématographique, pop intelligent et musique d’ambiance. La bande sonore ténébreuse, belle et volontairement confuse d’un film perdu d’Ingmar Bergman. Sombre et bel orchestre de fin du monde, très intimiste, sensé et introspectif qui, bien qu’accessible n’est pas à la portée de tous. Pour ma part, j’adore la sérénité qu’il me procure!

 

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ÓBÓ
Innhverfi
(Morr Music, 2014)

-Genre: Pop indé
-Semblable aux cancans beaux et dissonants de Portico Quartet, d’Hauschka et de José González

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ÓBÓ – Fresques ambiophoniques
Originalité85%
Authenticité80%
Accessibilité70%
Direction Artistique95%
Qualité Musicale85%
83%Overall Score
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Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L’écoute d’un disque est un instant privilégié de rencontre avec l’essence même d’un créateur. Maelstrom de sons, myriades d’émotions et petits morceaux d’âmes à l’état brut.

Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n’a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.