Ce serait un euphémisme de dire que Pierre Flynn prend son temps. Son quatrième album studio, « Sur la terre », arrive cette semaine, 14 ans après « Mirador ». Eh bien, l’attente en valait le coup! « Sur la terre » est en effet un excellent album, moderne, accessible et portant la marque d’un grand artiste. À maintenant 60 ans, l’ancien leader du groupe de rock progressif Octobre vieillit comme du bon vin et nous offre un de ses meilleurs albums en carrière.

Cet album s’inscrit dans la continuité de l’implication de Pierre Flynn au projet des « 12 hommes rapaillés ». Flynn a participé aux deux disques et à la tournée, et a commencé à travailler sur ses compositions avec Louis-Jean Cormier. Très occupé, ce dernier a toutefois dû céder sa place, qui a été prise par Philippe Brault et Éric Goulet. Les pistes de guitare de Cormier ont été conservées, et le batteur Marc-André Larocque s’est joint à Flynn. Le bassiste Mario Légaré, qui jouait dans Octobre, a également participé à l’album.

« Sur la terre » débute avec la brillante Le dernier homme. Portée par un envoûtant motif à la guitare acoustique, cette chanson déploie des arrangements amples, mais qui ne sont jamais envahissants non plus. La voix de Pierre Flynn atteint des notes très graves sur Ariana (on sent d’ailleurs l’influence de Leonard Cohen!), qui est magnifiée par des cordes. La merveilleuse et touchante ballade Étoile, étoile débute avec un délicat piano, et d’élégantes cordes le rejoignent. Il s’agit certainement d’un des moments de grâce de ce superbe album. Dans la très belle Si loin si proche, Flynn s’adresse à sa fille de 20 ans, et y va de ce judicieux conseil : « C’est le printemps des enfants de 20 ans. À toi la vie, n’obéis pas ».
On peut écouter trois chansons de l’album enregistrées dans les studios de Radio-Canada. Flynn est accompagné de Larocque et de Légaré, en plus d’Andre Papanicolaou à la guitare.

Sur l’excellente 24 secondes, Pierre Flynn se questionne sur le temps qui passe : « Tu les as vues, toi ? Tu les as vues passer ? 24 secondes, 24 images, 24 années ». L’accompli et l’innacompli et Duparquet ont des passages récités. La dernière raconte l’histoire de la mère de Flynn, qui était originaire de cette ville minière d’Abitibi. Flynn parle de Montréal, avec la bluesy Le parc Lahaie (au cœur du Mile End). Il nous rappelle ensuite son passé, avec la dynamique Sirènes, qui aurait pu se retrouver sur un disque d’Octobre! L’album se termine avec les deux subtiles ballades Tout blanc, tout bleu et Capitaine, ô capitaine.

« Sur la terre » est donc l’album d’un homme mûr, qui a su s’ouvrir pour recevoir l’apport de musiciens d’une plus jeune génération. On entend d’ailleurs moins le piano de Flynn, au profit de la guitare, des cordes et des vents. Mais le résultat est tout de même très réussi. La prise de son et les arrangements sont d’une qualité supérieure. La voix de Pierre Flynn, qui avait déjà une grande maturité à l’époque d’Octobre, a maintenant une sagesse et une profondeur qui permettent d’aller chercher une vaste gamme d’émotions. Espérons seulement que le prochain album arrive avant 2029!

Pierre-Flynn_sur La Terre
PIERRE FLYNN
Sur la terre
(Audiogram, 2015)

-Genre : folk-rock franco
-Dans le même genre que Richard Séguin, Paul Piché et Serge Fiori

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PIERRE FLYNN : Comme du bon vin
Originalité75%
Authenticité85%
Accessibilité80%
Direction artistique85%
Qualité musicale90%
Textes85%
83%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.