Je suis la carrière de Pierre Lapointe depuis presque ses tout débuts. La première fois que je l’ai vu, c’était aux Coups de coeur francophone, au Lion d’or en compagnie d’autres artistes, en 2003. Une collègue du milieu culturel dans lequel j’oeuvrais à l’époque me l’avait chaudement recommandé, pour son talent, son humour et son habileté à allumer le public. « Non, ce n’est pas le frère d’Éric, rien à voir », m’avait-elle rassuré. À l’époque, un (autre) Lapointe devait se faire un prénom… Aujourd’hui, ils sont côte à côte juges à La Voix! Quel contraste!

Pierre Lapointe a eu beau faire des albums très populaires, écrire des classiques (la fameuse 2 par 2 rassemblés, avec laquelle il a une relation amour-haine très forte), concevoir des concerts originaux (Mutantès, au Musée Grévin, etc…), porter des vêtements griffés et très colorés, être juge à l’émission grand public qu’est La Voix, il a beau faire tout ça (et c’est génial!), mais il n’a jamais oublié son personnage de scène : ce type qui a un humour cynique et cinglant, avec une attitude prétentieuse et hautaine (fictif, je vous rassure). Déjà, inconnu au Lion d’or, il demandait au public qui applaudissait une chanson :« C’est tout? Vous ne l’aimez pas cette chanson? » ce qui déstabilisait les auditeurs qui trouvaient bien effronté ce grand jeune homme en veston, les pieds nus! Les rires fusaient constamment. Aujourd’hui, avec la carrière qu’il connaît, Pierre Lapointe en remet une couche, parlant de sa vie de veudette snob, c’est hilarant. C’est le Martin Matte de la chanson!

À la Maison symphonique, dans le cadre des FrancoFolies 2015, Pierre Lapointe a présenté son « concert français » au public québécois. Le spectacle (et le disque) « Paris tristesse » regroupe les chansons d’amour les plus tristes (vous l’aurez deviné) de sa carrière, interprétées en format solo, piano-voix.

pierre lapointe orgue maison symphonique 2

photo: Victor Diaz Lamich, Spectra

Et c’est là que j’ai été soufflé par le talent de chanteur de Pierre Lapointe. Au début de sa carrière, et même lors de sa performance avec l’Orchestre Métropolitain devant 200 000 personnes aux Francos en 2007, je n’étais pas épaté par sa technique vocale. Il avait cette façon étrange de chanter de la gorge qui n’était pas toujours gracieuse, ni même juste en concert. Ses talents de compositeur et de parolier compensaient largement cette « façon » de chanter. Après tout, on aime bien Neil Young, Bob Dylan…

Mais ces jours sont maintenant chose du passé. Pierre Lapointe chante maintenant TRÈS bien! Sa voix est beaucoup plus assurée, très juste, très belle et contrôlée. Un tour de chant en solo comme celui d’hier devient un très beau moment musical, en plus de la poésie et de l’humour qu’on a toujours appréciés de Lapointe.

Friand d’originalité et utilisant tous les moyens à sa disposition, Pierre Lapointe a profité du grand orgue de la Maison symphonique et de son organiste attitré Olivier Latry pour y chanter quelques titres, perché sur la petite balustrade, au fond de la salle. Un très beau moment de musique, où l’artiste s’est fait plaisir en reprenant Bilbao, de Bertolt Brecht, une influence majeure de toute sa démarche artistique. N’oublions pas qu’étudiant, Pierre Lapointe se dirigeait davantage vers le théâtre que la musique…

Bref, Pierre Lapointe a usé de sa magie, une fois de plus. En gagnant en qualité vocale, il s’est donné un puissant atout. Ce musicien et son succès n’ont pas fini de croitre.

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.