“Meddle » est un album particulier pour Pink Floyd, un album de transition. Rétrospectivement, on réalise que plusieurs éléments de l’époque s’y croisent: beaucoup de folk doux (A Pillow of Clouds, pratiquement exécutée en solo par David Gilmour), et chansons relax contenant de belles progressions d’accords à la Led Zep ou même Neil Young (Fearless). Même le délicieux jazz blues San Tropez est assez standard, bien qu’assez original pour les psychédéliques britanniques, en 1971.

Mais il y a plus. Pour la première fois, le rock se permettait d’être original dans sa forme, d’inclure des extraits de sons pigés dans la vie de tous les jours. Ainsi, on entend des chants de fans de football à la fin de Fearless, un chien japper à la fin de Seamus, du vent et des effets sur One of These Days. Cet instrumental (ou presque) pourra d’ailleurs être classé parmi les toutes premières pièces inquiétantes du rock. La pression de la basse de Roger Waters combiné aux effets, générés par les machines de Rick Wright font de Pink Floyd un groupe important, sérieux, incontournable pour les amateurs de rock des années 70, au même titre que Led Zep, The Who ou les Stones, mais dans leur créneau spécial, bien à eux.

Le groupe allait livrer tout un plat de résistance avec la grandiose Echoes, longue de 23 minutes, soit une face complète d’un 33 tours de l’époque. Du jamais vu! On ne se doutait pas encore que Gilmour, Waters, Wright et le batteur Nick Mason allaient pondre le magnifique « Dark Side of The Moon » deux ans plus tard, probablement le plus grand disque de l’Histoire du Rock.

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Déjà, la passionnante Echoes envoyait les tripeux de l’époque dans un grand voyage halluciné, dans un grand jam inspiré, intense, mais fluide. Gilmour et Wright s’investissent dans de longs solos alors que Waters et Mason tiennent le rythme.

Puis, à mi-chemin, changement de cap majeur. Echoes devient carrément inquiétante, telle la bande sonore d’un film d’horreur ou d’un cauchemar! Encore une fois du jamais vu dans l’histoire du rock. Pink Floyd inventait la musique expérimentale, dépassant de beaucoup le simple concept de rock progressif (qui au fond n’était que des prouesses techniques, essentiellement).

Avec Echoes, Pink Floyd s’inscrit aussi dans l’air du temps des années 70 : plusieurs musiciens explorent la musique instrumentale ambiante. On entend les Mike Oldfield, Tomita, Jean-Michel Jarre ou Vangelis, émerger avec des œuvres uniques, parfois assez expérimentales, parfois assez pop, puisant autant dans l’univers classique qu’électro (alors naissant).

Un classique trop souvent dans l’ombre de « Dark Side of the Moon » ou « The Wall ». Un album qui a sa personnalité propre, qui n’a pas de défauts et qui est toujours un plaisir à écouter. Un groupe autre que Pink Floyd aurait produit un album comme « Meddle » qu’il aurait largement été leur chef d’œuvre. C’est dire à quel point ce groupe est fort. Merci à mon père qui me l’a fait découvrir très jeune, puisqu’il l’avait acheté pour lui, en 1971. Il a du goût, mon vieux (qui par ailleurs célèbre ses 75 ans aujourd’hui). Bonne fête p’pa et merci de m’avoir mis sur le chemin de la musique de qualité!

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PINK FLOYD
Meddle
(Parlophone, 1971)

-Genre : rock
-Dans le même genre que Mike Oldfield, Led Zeppelin

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.