Voici la suite de ma couverture du festival POP Montréal, qui se déroule dans plusieurs salles de la ville, du 16 au 20 septembre 2015. Pour lire les autres articles sur le festival, par mes collègues accrédités et moi-même, allez dans la section dédiée à POP, ici.

JEUDI 17 SEPTEMBRE

Ma soirée de jeudi a été marquée par la voix angélique de Katie Moore. La magnifique auteure-compositrice-interprète montréalaise a axé son tour de chant dans l’imposante église St-Jean Baptiste, sur le Plateau, sur ses nouvelles chansons, incluses dans son nouvel album « Fooled By The Fun » paru fin août (lire la critique ici).

Katie Moore

Katie Moore

Si on s’est un peu ennuyé de l’absence des si belles mélodies de son si beau recueil « Montebello », datant de 2011, on a pu se rabattre sur la divine voix de la sympathique rousse du Mile-End. La foule (de fidèles?) venue assister à l’événement suivant (les Barr Brothers avec quatuor à cordes) apprécia les nouveaux morceaux de Moore bien qu’aucun ne se démarque à première écoute.

La chanteuse éclipse parfois la compositrice dans le sens où l’on est plus happé par la beauté de sa voix que par les airs qu’elle propulse. Bien que l’exécution de ses comparses (l’omniprésent Joe Grass en tête) fût parfaite, il y avait une certaine redondance d’un morceau à l’autre. Mais cela est un bien petit défaut lorsqu’on a une voix et une touche comme celle de Katie Moore.

Il reste que lorsqu’elle a chanté le hit de Tracy Chapman Baby Can I Hold You, on a senti la différence. Quelques morceaux de « Montebello », que plusieurs connaissent bien, auraient mis en valeur encore plus le beau talent de Mlle Moore.

Les Barr Brothers

Les Barr Brothers

Les Barr Brothers suivaient. Visiblement, leur présence à l’église était un des grands événements du festival. Bien installé dans la 2e rangée (un petit miracle comme je suis arrivé tard dans le bâtiment), j’écoute et observe ce que le groupe, gonflé par un quatuor à cordes, allait présenter. Les Barr Brothers sont probablement le meilleur groupe à émerger de Montréal depuis Patrick Watson.

Le concert débuta lentement. Brad Barr et ses complices travaillèrent longuement à installer une ambiance, à tourner autour du pot, à jouer avec les intensités avant de véritablement s’élancer dans leurs excellents morceaux. L’un des premiers grands moments arriva avec le tonitruant blues Half Crazy qui a littéralement enflammé les lieux. C’était même assez ironique de constater que c’est la musique du diable – le blues! – qui ramène les gens et les passions à l’église! Le groupe a aussi présenté de plus anciennes chansons, de façon acoustique devant un seul micro (un p’tit truc emprunté à Watson, d’ailleurs), ce qui a donné d’excellents résultats.

Comme Katie Moore et les Barr Brothers ont tous deux débuté leur concert avec quelques minutes de retard, je dus quitter assez tôt dans le concert de ses derniers pour ne pas manquer la suite de mon marathon. D’autres excellentes formations étaient au programme!

OUGHT dans la fournaise

C’est dans une salle – que dis-je! – un véritable sauna que le band Ought s’est donné corps et âme, pour les fidèles de POP Montréal! Comme d’habitude, et on ne s’en tanne pas, Ought a livré une performance en béton, inspirée et dévouée, jouant avec le punch des décibels, des tensions et des répétitions. Écouter le chanteur Tim Beeler Darcy répéter de longues minutes « Want It » de façon intense créant une boucle qui rend (presque) fou est un moment particulier. On se demande comment ça doit se passer dans sa tête si pour nous, on est presqu’en état d’hypnose!

Ought

Ought, à la Fédération ukrainienne (photo: Louis Longpré)

La chemise de Beeler Darcy était dégoulinante, les musiciens marchaient mollement sur la scène tellement ils cuisaient… Mais rien dans leur musique n’en transparut! Ought livra de l’excellent Ought! Nadine et Marc-André achetèrent chacun un vinyle. Quand c’est bon d’même, t’hésite pas…

Les voici en France un peu plus tôt cette année, pour vous donner une idée.

 

Après le sauna de la Fédération Ukrainienne, c’est dans la douce et confortable ambiance climatisée du Théâtre Fairmount qu’on a pu savourer le rock pop intelligent de Mikal Cronin. L’Américain pond des mélodies et des riffs hyper accrocheurs, quelque part entre ce que faisaient Matthew Sweet et… ma foi, les Meat Puppets! Les guitares sont solides, la rythmique ne laisse pas le temps de souffler, et surtout, ses chansons sont très bien écrites.

Le gars est vraiment bon! Chacune de ses chansons rentre au poste, appuyée par de solides progressions d’accords propulsés par des Rickenbacher en feu. Tu sais que t’as devant toi un artiste solide et confiant en ses moyens lorsqu’il ouvre avec sa chanson la plus connue. Bang, direct. Il sait qu’il a encore du bon matériel pour durer l’heure d’un concert à POP Montréal.

Le voici en 2013.

 

Mikal Cronin a visiblement écouté pas mal de Tom Petty, de brit pop et bien révisé son Histoire du Rock. Ses morceaux construits sur de solides bases, qui rappellent toujours un peu quelque chose qu’on a entendu quelque part. Et c’est un compliment! OK, le rendu final de la musique de Mikal Cronin n’est pas extrêmement original, mais il est vraiment efficace. Comme chez Oasis ou Petty, Cronin bâtit ses airs pour qu’ils donnent à l’auditeur une irrésistible poussée dans le dos. J’ai acheté son plus récent album. Je vous en parle assurément sous peu.

Après avoir salué mon collègue Benoît qui avait également apprécié le rock de Cronin, je me dirigeai vers le Rialto où un triple-bill de demoiselles chantant de l’électro cool m’attendait : She-Devil, Empress Of et Braids. Lorsque j’arrivai, on en était à Empress Of.

Empress Of

Empress Of (photo: Beatrice Flynn)

Fébrile, Lorely Rodriguez, la chanteuse d’origine honduro-américaine qui s’affiche sous le nom Empress Of, présentait les pièces de son tout premier opus, « Me », lancé la semaine dernière. L’impératrice (autoproclamée) de l’electro R’n’B sonne parfois pas mal comme Björk, une coche plus mélodique. Les fans ont apprécié, dansé, bougé, dans le sous-sol du Rialto, transformé en salle de concert « late night ». Plusieurs bons bands y jouent tard.

À 1 h 30 du matin, je n’en pouvais plus. 10 bands en 2 soirs de semaine. Eurg. Direction le lit.

VENDREDI 18 SEPTEMBRE

Le jour suivant, vendredi, je pris congé. Une soirée en famille était plus importante à mes yeux qu’un concert du roi has-been du disco Giorgio Modorer. Petit pincement au cœur de manquer les excellents Viet Cong, mais comme ils passent régulièrement à Montréal, je vais espérer me reprendre sous peu. Ma collègue Nadine Mathurin y était, alors je lirai ses impressions.

La suite bientôt!

(pour lire la revue des concerts de mercredi, soit Ought, Vieux Farka Touré & Julia Esterlin, Micachu & the Shapes, Etiquette, cliquez ici)

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.