Après un sombre, semi-nauséeux, mais percutant et très impressionnant premier album, sous le pseudonyme Viet Cong; le groupe post-punk neo-wave de Calgary, né des cendres de Women, nous revient en force. Un retour, ceci dit, sous une nouvelle identité, car, en ce monde hyper aseptisé, frileux et empreint de rectitude politique, le sobriquet ne passait pas. Cela n’empêcha toutefois pas l’excellente formation canadienne d’être catapultée, en 2015, au top de plusieurs listes du meilleur de l’année, ce avec raison.

Preoccupations, la nouvelle incarnation, est l’un des groupes récents qui arrivent le mieux à évoquer le son et l’ambiance glauque d’une certaine forme de post-punk des années ’80, tout en demeurant innovateur. Une facture et un son dramatique, obscur et atmosphérique, autant en ligne directe avec Bauhaus, Swans et Gang of Four (pour n’en nommer que quelques-uns) qu’avec les artisans d’un rock plus moderne. Un esthétisme sonore quasi gothique mettant pathologiquement de l’avant des thèmes noirs tel l’obsession, le malaise et le stress. Le disque s’ouvre, il faut le dire, sur une pièce brillante intitulée Anxiety. Le ton est mis.

 

 

Mais si la thématique penche définitivement sur le sinistre, l’album est tout de même empreint d’une infectieuse vitalité et d’un dynamisme infatigable dans les lignes mélodiques. Le second envolant et vaporeux morceau Monotony, loin d’être terne, aurait bien pu se retrouver sur l’un des opus du commencement des Chameleons. Par la suite, les tensions déchirantes et enveloppantes de l’album se meuvent et atteignent un certain paroxysme. Un balancement entre des grooves entraînants et la menace d’être emporté par les ténèbres menaçantes du ton, perturbé, mais aussi frénétique et urgent, du chanteur Matt Flegel.

Après la pièce d’ouverture, ce sont les deux derniers titres, Stimulation et Fever qui sont les plus accomplis et représentatifs, tour à tour, de cette dualité du groupe. L’avant-dernier avec un nihilisme brut et bien senti lors du pont et son: “There’s nothing you can do because. We’re all dumb inside. All dead inside. All gonna die.” Puis, le titre de clôture offrant un envol rédempteur et stimulant; une douce délivrance, après toute cette ombre: “You’re not scared. You’re not scared. Carry your fever away from here” Inspirant!

Preoccupations c’est un son grave, anguleux et complexe, mais oh combien entraînant. Au-delà de sa présentation lugubre pointe une lumineuse ambiguïté. Les guitares atmosphériques et les boucles “Krautrock” grinçantes s’allient a des lignes de synthés minimalistes, mais toujours enivrantes. C’est ce déchirement schizophrénique entre des mélodies captivantes et la troublante noirceur de l’ambiance des propos servis qui définit le groupe et le rend aussi moderne, cool et d’actualité. Carrément l’une des plus fascinantes parutions de 2016.

Le groupe sera en concert au Fairmount mardi le 11 octobre prochain. Détails ici.

 

Preoccupations1
PREOCCUPATIONS
Preoccupations
(Flemish Eye, 2016)

-Genre: rock alternatif
-Dans les mêmes eaux troubles que Joy Division ou Echo & The Bunnymen

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Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L'écoute d'un disque est un instant privilégié de rencontre avec l'essence même d'un créateur. Maelstrom de sons, myriades d'émotions et petits morceaux d'âmes à l'état brut. Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n'a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.