Au tournant des années 70, Robert Charlebois faisait figure de jeune rebelle de la scène musicale québécoise. Il dépoussiérait énergiquement la chanson d’ici, qui était restée prise entre les chansonniers élégants, comme Jean-Pierre Ferland et Claude Léveillé, et le yéyé. Avec Charlebois, viendraient éventuellement les Harmonium, Beau Dommage, Offenbach et Octobre qui allaient tous tracer différents chemins pour les plus jeunes.

Cet album éponyme datant de 1971, que certains appellent “Le Mont Athos”, du nom de la première chanson, surprend, 40 ans plus tard. Les arrangements sont solides, bruts, sur des chansons profondément québécoises. Des comptes qui datent de l’époque des coureurs des bois (l’énergique Ya Sa Pichou) combinent le style des chansons à répondre avec le rock psychédélique californien. Charlebois sort les guitares électriques sur le rock Mr Plum, qui se termine dans un énergique jam jazz qui met en vedette des musiciens inspirés (malheureusement pas nommés). Une des rares chantées en anglais par le Garou original.

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Tout ce beau monde a travaillé sur l’album (photo: Robert Charlebois)

Charlebois est capable d’être poétique et grandiose sur des morceaux comme Le Mont Athos, qui ouvre l’oeuvre et se termine sur un grand crescendo. Sur Parle-moi, on sort les violons, et Charlebois devient un peu plus mielleux, comme sur ces premiers albums. Un morceau qui jure un peu avec les sept autres chansons de ce microsillon.

Il amène aussi un langage “ordinaire”, la langue qu’on parle tous les jours, ce qui ne se faisait pas à cette époque. Sur la pop Limoilou, née de la plume de Réjean Ducharme, on y entend :

Chus au fond d’un grand trou, c’est t-y dur non c’est mou
J’arrête pas d’enfoncer dans l’affaire brun foncé
J’ai calé jusqu’au genoux c’était du ciment mou
Je pourrai pas me rendre de l’autre bord, la nage c’est pas mon fort

 

Deux des huit chansons de cet album – le 7e de sa carrière, déjà en 1971 – sont des airs folkloriques acadiens (La valse Reno et Le sud de la Louisiane), sinon, Charlebois y signe toutes les musiques, sauf une, Ya Sa Pichou, de Philippe Gagnon, sur des paroles de Dominique Tremblay. C’est le comédien Marcel Sabourin qui a écrit Le Mont Athos et l’auteur mystérieux Réjean Ducharme, Limoilou. Les deux sont de bons amis de Robert. Terre-Love est un texte du poète français Alfred Jarry (1873-1907), l’un des inspirateurs des surréalistes et du théâtre de l’absurde.

Lorsque Charlebois combine l’énergie des reels d’antan avec le rock moderne (de 1971), ça donne des morceaux énergiques comme Le Sud de la Louisiane, bref, mais énergique. Les textes plus engagés de Terre-Love, un épique morceau de plus de 8 minutes en fait l’un des visages des nouveaux Patriotes. Au lendemain de la Crise d’octobre, une telle prise de position ne passe pas inaperçue.

Cet album est l’un des grands disques de Robert Charlebois. Presque sans faille. Un de ceux qui rappellent à quel point il est l’un des grands musiciens de l’histoire de la musique populaire québécoise. Il précède d’un an un autre célèbre album éponyme, « Charlebois », qui contient les classiques Fu Man Chu, Conception, Fais-toi z’en pas…

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ROBERT CHARLEBOIS
Robert Charlebois
(Disques Gamma, 1971)

-Genre: rock franco
-Dans le même genre que Jacques Higelin

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.