Mot-valise formé à partir de « rock and roll » et « hillbilly », le rockabilly est un genre de musique qui a émergé dans la première moitié des années 1950. Précédant de très peu l’arrivée du rock and roll, le rockabilly peut en fait être vu comme du rock. C’est ainsi que l’appelaient les musiciens à l’origine. Ce n’est qu’une vingtaine d’années plus tard que le rockabilly est devenu un sous-genre du rock, pour ensuite devenir une importante sous-culture. Peu importe l’appellation qu’on lui donne, cette musique a vu le jour dans les années 50, alors que de jeunes artistes, pour la plupart des Blancs des classes moyennes pauvres nés dans les années 30, l’ont fait naître.

L’auteur Craig Morrison, dans son livre Go cat go! Rockabilly music and its makers, identifie plusieurs caractéristiques distinctes du rockabilly, dont voici certaines des plus importantes :

-influence claire d’Elvis Presley

-les musiciens proviennent souvent de la scène country

-la chanson a une structure blues

-la chanson contient au moins un solo de guitare intense, influencé par le blues

-utilisation d’écho

-un chant intense et maniéré

-utilisation d’une contrebasse, idéalement jouée en slap

-chanson produite entre 1954 et 1956, provenant du sud des États-Unis (avec des points bonus si l’artiste vient de Memphis et a enregistré aux studios de Sun Records)

Et toujours selon Morrison, voici certains éléments qu’on ne retrouve pas, ou très rarement, dans le rockabilly :

-un chœur ou des harmonies vocales

-du saxophone ou une basse électrique

-du piano (sauf dans le cas de Jerry Lee Lewis)

-des chansons d’artistes noirs

Jerry Lee Lewis

Le rockabilly est donc une affaire de Blancs, des Sudistes pour la plupart. Pour la plupart, ces jeunes avaient une formation et une culture de musique country, mais étaient également fortement influencés par le rhythm and blues que les Noirs jouaient à l’époque. La fusion de ces deux cultures, en totale ségrégation dans les années 50, a ainsi donné naissance au rockabilly. Ces jeunes frondeurs n’avaient rien à faire de cette ségrégation imposée depuis quelques centaines d’années. Ils ont aidé à briser la barrière des races et cela a résulté en une musique hybride et complètement nouvelle.

En ce sens, Elvis Presley a fait beaucoup pour fusionner ces deux styles de musique. Ses premiers enregistrements chez Sun Records étaient des reprises, soit de chansons country avec un tempo accéléré, soit de chansons de R&B avec des influences country (avec son tempo rapide, le bluegrass a aussi été important pour l’apparition du rockabilly). Ce mélange des genres a pavé la voie au rockabilly. L’influence d’Elvis, sa manière de chanter, son attitude désinvolte, ses déhanchements et son look, est plus qu’évidente dans tout le genre. Au milieu des années 50, chaque petite ville du Sud a eu son Elvis. Bien peu, voire aucun, ont cependant pu égaler le King. Il serait faux de dire que le rockabilly se limite à Elvis, mais sans lui, tout aurait été différent. Certains artistes ont eu une influence singulière sur le genre, mais beaucoup n’ont fait qu’imiter Elvis.

Étant donné que c’était le style musical le plus populaire de l’époque, une pléthore d’artistes sont passés par là. Certains sont disparus avec la fin de la première vague du rockabilly, à la fin des années 50 (Gene Vincent, Eddie Cochran, Billy Lee Riley, Carl Perkins, etc.), d’autres y ont survécu et ont migré vers d’autres genres musicaux (Johnny Cash, Jerry Lee Lewis, Roy Orbison, Johnny Burnette, etc.). D’autres avaient déjà une carrière et sont embarqués dans le train en marche, avant de descendre assez rapidement (George Jones, Everly Brothers, Skeets McDonald, Curtis Gordon, etc.).

Gene Vincent and His Blue Caps

La première vague du rockabilly s’est essoufflée presque en même temps que celle du rock and roll, soit dès la fin des années 50. Le rock a fait son retour en force quelques années plus tard, alors que le rockabilly a dû attendre près de 20 ans avant de revenir à l’avant-scène. On peut prétendre que le rockabilly, avec son côté rebelle et légèrement do it yourself, a influencé le punk du début des années 70. À la fin de cette même décennie, des artistes comme Shakin’ Stevens et The Stray Cats ont connu un immense succès qui a ramené le rockabilly dans la culture populaire. Des artistes établis comme Queen (le tube Crazy Little Thing Called Love) et Neil Young (l’album « Everybody’s Rockin’ ») ont également participé à cette résurgence.

Évidemment, ce succès a été passager, mais cette résurgence a donné de la vie et de la vigueur à une vibrante sous-culture, faite de blousons de cuir, de pompadours et de belles voitures (c’est un peu cliché, mais c’est souvent comme ça…). Plusieurs sous-genres musicaux sont aussi apparus, dont le psychobilly, le gothabilly et le punkabilly.

The Stray Cats

Voici donc une liste de lecture contenant certaines des meilleures chansons de la première vague du rockabilly, en plus de certaines qui datent de la résurgence de la fin des années 70 et du début des années 80. Pour ceux qui cherchent une compilation de rockabilly, « Rockabilly Rules » est certainement une des meilleures, sinon la meilleure disponible.

 

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.