Vous vous souvenez des légendaires magasins Sam the Record Man? À Montréal, comme partout au Canada, c’était à une certaine époque l’une des plus grandes chaînes de magasins de disques et cassettes.  Le fondateur Sam Sniderman est décédé le 23 septembre 2012, soit il y a quatre ans, à l’âge de 92 ans, en douceur durant son sommeil.

Il ne reste plus qu’un magasin encore ouvert, à Belleville en Ontario, mais quand j’étais un jeune mélomane, Sam the Record Man était LE magasin où l’on trouvait des raretés et où l’on était servis par des experts. Je me souviens qu’à 16 ou 17 ans, je prenais le bus de mon St-Bruno natal pour “aller en ville”, comme on disait. Les premières fois que je suis allé à Montréal tout seul comme un grand, c’était pour aller chez Sam the Record Man et acheter les disques des artistes que je ne trouvais pas dans les petites boutiques des Promenades St-Bruno, à savoir le Discus, et, un peu plus tard, le HMV.

La boutique était située au 399, rue Ste-Catherine. On raconte que jusqu’à 76 personnes y travaillaient. Si ma mémoire est bonne, il y avait plusieurs étages de disques. Je “vois” encore le magasin, même s’il n’y en a plus de traces, lorsque je passe par là. Il était situé sur un coin, avec la porte dans l’angle. Dès qu’on y entrait, on arrivait dans un autre univers…

Chez Sam, on trouvait les VRAIS albums. Le fan d’Eric Clapton et de Neil Young que j’étais (et que je suis encore, mais moins enthousiaste) y trouvait en vinyle et en cassette tous les albums de ces grands du rock. Ce n’était pas toujours donné, mais ça valait le plaisir d’y passer plusieurs heures, de fouiller dans les rangées interminables de 33-tours pour y trouver la perle rare, ou espérer une étiquette rouge équivalente à un rabais substentiel… Les cassettes étaient prises dans de grands moules de plastiques pour éviter le vol à l’étalage.

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À chaque fois, je revenais avec deux, trois, quatre albums que je m’empressais d’écouter dans mon walkman, en lisant attentivement les paroles (rappelez-vous du feeling de “bonus” qu’on avait lorsqu’on découvrait les paroles des chansons, pliées dans le livret de la cassette!).

D’après moi, les magasins Sam the Record Man (du moins celui de Montréal) n’ont pas sû négocier le virage CD aussi bien que HMV, dominant au milieu des années 90, notamment grâce à une politique du remboursement sur les retours déballés (eh qu’ils ont dû perdre de l’argent avec tout le monde qui copaient les CDs puis les ramenaient) qui a créé une fidélité et un engouement. Dans mon souvenir, les prix du HMV étaient aussi meilleurs que ceux de la compétition.

 

Le déclin de la chaîne est arrivé au début des années 2000 par l’émergence de l’internet haute vitesse qui a permi aux pirates du web de télécharger la musique illégalement. Sam Sniderman avait fermé boutique en 2001, essuyant trop de pertes depuis 5 ans. Ses fils gardèrent quelques années le magasin de la rue Younge, à Toronto.

Quoiqu’il en soit, j’ai beaucoup moins fréquenté le Sam de la rue Ste-Catherine au milieu des années 90.

Durant les 18 mois que j’ai habité la région de Québec, j’ai beaucoup fréquenté le Sam the Record Man de la Place Laurier, alors que je travaillais dans une boutique de t-shirts et posters rock, appelée Vision Rock (elle existe toujours). Je m’étais lié d’amitié avec le gérant, Jeff Denis avec lequel je partageais beaucoup de goûts musicaux. Jeff et moi avons joué, composé et enregistré de la musique ensemble durant mes années à Québec – et j’en profite pour le saluer! C’était l’époque où l’on enregistrait sur 4-pistes, et parfois, dans un vrai studio… De merveilleux souvenirs d’une vie passée.

Pour tout cela, je dis aujourd’hui merci à Sam Sniderman, merci à Sam the Record Man!

 

D’autres textes:

Sam the Record Man’s iconic sign to spin again (Feb 11, 2016)

Sam “the Record Man” Sniderman Dies at 92 (Sept 24, 2012)

 

 

 

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.