Ryan O’Neal, le désormais seul membre (depuis 2011) de la formation Sleeping at Last, n’est pas du genre à avoir peur de s’engager sur de longs parcours tel que le témoigne la fresque sinueuse qu’est l’album “Yearbook”! En effet, le chanteur et musicien multidisciplinaire, de talent, de l’Illinois, nous y sert pas moins de 36 pièces. En guise de méthodologie, à la fin 2010, le groupe (alors un duo) annonça que, pour une année, un mini-album de 3 chansons (EP) paraîtrait le premier de chaque mois. “Yearbook” est la somme accomplie de ce projet de longue haleine. C’est une recette qui plait vraisemblablement à O’Neal puisqu’il reprend, en ce moment, la formule pour un regroupement similaire d’enregistrements nommé Atlas. Une entreprise qu’il souhaite même étendre au-delà de la première année de parutions.

Sleeping at Last 1
Bien qu’inévitablement inégal par moments, vu l’étendue rocambolesque de l’œuvre, ce qui est impressionnant est que, dans l’ensemble, la qualité globale du matériel présenté est plus que saisissante! Et bien aussi que cette musique peut avoir des échos rappelant la flopée d’autres artistes similaires tels les Jason Mraz, James Blunt, etc., ce sont des textes prenants ici qui hissent l’œuvre bien au-dessus de celles des semblables. Les arrangements y sont aussi, à mon sens, beaucoup plus inédits et gracieux que chez d’autres artisans du genre. Quelque chose qui place l’esthétisme de création du chanteur plus du bord de Bright Eyes que blotti avec les Passengers (plutôt génériques) de ce monde.

Une grande sensibilité

Jamais on ne sent que des efforts ont été mis de l’avant pour seul but d’être plus exposé aux radios pop tel que chez J. Blunt par exemple. Nous avons plutôt droit à un folk-pop méditatif (emo) de génie un point c’est tout et sans compromis! En effet, la grande sensibilité de l’artiste lui permet de nous tracer, avec brio, des esquisses hyperréalistes, bien que sans fioritures et très ancrées dans le quotidien, de tout le spectre du sensitif humain. Les pièces y sont belles, pures et extrêmement évocatrices. S’il y a plusieurs raisons de faire de la musique et d’en écouter, l’universalité est de mise ici, naturellement, et ce dans le sens illustre du terme.

Ainsi, si les pièces ne se valent pas toutes, plus du tiers (sinon la moitié) des compositions sont, à mon sens, de solides bijoux pop, bien en haut de la mêlée. Et bien que plusieurs morceaux ont été prêtés à des trames sonores de séries télé américaines et au cinéma, l’artiste ne dispose pas d’une reconnaissance internationale aussi étendue que chez d’autres. Mais peu importe et tant pis pour ceux qui résistent; Il y’a quelque chose de très envoûtant, de tangible et de viscéral qui se traduit dans cette musique et qui nous permet de vraiment prendre part aux récits et aux impressions décrites. Pour moi, c’est le signe d’une maniabilité hors du commun que de faire palper à l’auditeur, à partir de phrases toutes simples et d’une guitare parfaitement imprégnée de délicatesse, de l’émoi à l’état primaire. C’est le témoignage d’une incommensurable ouverture sur le monde, à recevoir et à transmettre, et d’un artiste plus qu’accompli.

Je pourrai poursuivre et tenter de vous décoder chacune des pièces, essayer de vous dépeindre comment les arpèges souples d’une guitare exquise nous soulèvent ici et là vers des cuivres timides, mais majestueux, en arrière-plan. Et cette voix à la fois bien présente, mais toujours douce de Ryan… Mais en bout du compte, si je vise à vous dévoiler une perle rare, c’est pour vous enjoindre à vous-même en scruter l’éclat. C’est la seule manière de vraiment capter l’élémentaire beauté qui s’y trouve; “Though it pales in comparison to the overarching shadows, A speck of light can reignite the sun and swallow darkness whole.” Lumineux!

Sleeping at Last Cover

SLEEPING AT LAST
Yearbook
(Asteroid B-612 (BMI) 2011)

-Genre: emo, folk, pop-rock
-Des airs de Keaton Henson, Angus & Julia Stone, Simon & Garfunkel

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SLEEPING AT LAST: Le chemin le plus long
Originalité75%
Authenticité90%
Accessibilité90%
Direction Artistique80%
Qualité Musicale85%
Textes85%
84%Overall Score
Reader Rating: (1 Vote)
21%

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About The Author

Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L’écoute d’un disque est un instant privilégié de rencontre avec l’essence même d’un créateur. Maelstrom de sons, myriades d’émotions et petits morceaux d’âmes à l’état brut.

Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n’a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.