Rio de Janeiro, 1974 : Tim Maia, le rocker le plus groovy de son pays, abandonne son mélange éprouvé de samba, de rock et de soul qui a fait le succès de ses premiers disques pour se pencher encore davantage sur la soul et des rythmes on-ne-peut-plus cool sur « Racional, Vol. 1 ». Jusque-là, ça sonne bien, cette histoire, non? Et comment, que ça sonne bien, mais ce qui intrigue, ici, c’est que Maia a créé cette musique purement divine pendant son implication dans le culte Cultura Racional. Écoutez les deux pièces finales du disque, le jam mantra-esque Racional Culture et son introduction a capella You Don’t Know What I Know, pour vous donner une idée de la folie de dévotion qui teinte toutes les paroles de l’album.

maia article headerBon, d’accord, la spiritualité et les croyances flyées pleuvent chez les musiciens (de Cat Stevens à Francis Martin en passant par Alice Coltrane et Bob Dylan, les exemples sont non seulement nombreux, mais étonnamment variés), mais Tim Maia, éternel bon-vivant réputé autant pour ses excès que son caractère et sa personnalité plus grands que nature, n’a rien pour s’enticher d’une secte qui croit aux extraterrestres et prône une hygiène de vie particulièrement stricte (pas de drogue, d’alcool, de sexe à des fins autres que la procréation, ni de viande rouge).

Heureusement pour nous, quelque quarante ans plus tard, Maia n’est plus là pour taire cette partie de son existence, et « Racional, Vol. 1 » a enfin pu reparaître en 2006, libéré de l’oubli dans lequel son créateur l’a maintenu de main de fer pendant toute sa vie (Maia a non seulement quitté la secte à grand fracas en 1976, mais il a aussi tout mis en œuvre pour faire disparaître les deux albums enregistrés à cette époque).

Malgré l’embarras manifeste que ce petit trip ésotérique lui a causé, Tim Maia n’a rien à se reprocher, car autant les paroles des chansons sont absurdes et répétitives, autant la musique a du swing et cette touche magique, typique de la soul, qui nous donne inévitablement envie de se shaker le money maker peu importe le tempo. En plus de son exceptionnelle qualité, la musique est relevée par la voix de Maia, en forme comme jamais, dans toute sa solidité et sa profondeur. On pense à Baby Huey ou Buddy Miles, mais avec plus de richesse dans les basses et un rendu plus relâché.

Dès le début, Immunizaçao Racional part le bal tout en soul, le « ouh, ouh, ouh » du refrain évoquant les plus belles heures de Motown, mais Tim Maia d’autres tours dans son sac, se rapprochant de Curtis Mayfield avec ses pièces plus rythmées comme Bom Senso et Racional Culture, toutes deux ponctuées de solos de guitare aux accents psychédéliques soutenus par une groove impeccable.

L’album offre aussi un versant plus relax dont on peut mesurer toute la beauté dans la confortable Universo Em Desencanto, et en particulier dans la ballade Leia O Livro Universo En Desencanto, qui vous rappellera sans l’ombre d’un doute vos meilleurs souvenirs de slows dansés dans le sous-sol de chez vos amis (ou un gymnase d’école secondaire, avec boule disco s’il-vous-plaît!), mais avec une voix qui vous chante des paroles grotesquement hors-propos.

Voilà donc, au final, une réédition non seulement bienvenue, mais espérée et attendue depuis très longtemps par les collectionneurs et les fans de Tim Maia. Absolument essentiel pour l’amateur de musique brésilienne et le fanatique de soul autant que pour ceux qui cherchent la perle rare qui a du beat!

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TIM MAIA
Racional, Vol. 1
(Seroma, 1974; Abril, 2011)

-Genre: MPB, soul.
-Dans le même genre que Curtis Mayfield, Baby Huey, Buddy Miles.

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Guillaume Cloutier
Blogueur - RREVERB

Non content d’être un boulimique du rock, un obsédé du jazz, un fervent du saxophone et un adepte du ‘crate digging’ avec un oeil toujours tourné vers les musiques du monde, Guillaume s’adonne également à l’étude de la musique, et passe ses temps libres à l’enseigner et à en jouer avec son groupe de rock psychédélique Electric Junk.