Les albums qui m’ont le plus marqué cette année ont certes beaucoup de choses en commun: des passages, le passé, le futur, et bien des histoires – souvent très personnelles, évoquant des relations complexes et des grands moments de solitude. Ces artistes, qui partagent tous une sensibilité particulière, semblent aussi avoir atteint une certaine maturité… Voici donc mes 10 meilleurs albums de 2014, qui s’inscrivent sous le signe de la maturité et qui risquent de me hanter longtemps.

1. Sharon Van Etten – Are We There
Un album qui donne le vertige autant qu’il en traite. Sur “Are We There”, Sharon Van Etten nous partage ses heurts amoureux avec la sensibilité qu’on lui connait, mais de façon plus mûre et plus assumée. Entre confessions, désirs et renonciation, elle “vide son sac” et change son désarroi en morceaux parfois beaux à pleurer. Réalisé par Stewart Lerman (Antony and the Johnsons, Patti Smith), les arrangements sont balancés, et les accords de piano-guitare électrique s’assemblent parfaitement pour mieux soutenir la voix et les constats déchirants de Van Etten.

2. Moonface – City Wrecker
Voici un Spencer Krug bouleversant et bouleversé, qui s’élance sur son piano pour faire le bilan de ses dernières années. Le froid qui semble traverser l’album, Krug et toutes ses chansons devient presqu’un thème inhérent à “City Wrecker”; le “froid” entre lui et la ville et le froid de ses deux terres d’accueil, la Finlande et le Canada, les deux toiles de fond d’un album mélancolique et saisissant.

3. War On Drugs – Lost in the Dream
Adam Granduciel a définitivement trouvé sa voie sur “Lost in the Dream”. Un folk-rock évoquant tantôt Bruce Springsteen, tantôt Dire Straits ou Brian Eno qui emporte, avec ses élans et ses solos de guitare exaltés. War On Drugs livre un album riche en refrains contemplatifs et rythmés, invitant à une douce dérive, comme le suggère si bien son nom “lost in the dream”.

4. Sun Kil Moon – Benji
Souvenirs d’enfance, réflexions sur le temps, l’amitié et la famille, sur fond de ballades acoustiques, voilà qui pourrait (trop) vite résumer “Benji”. Le prolifique Mark Kozelek parvient en effet à livrer ses histoires comme des pages d’un journal intime, avec une honnêteté et une sincérité désarmantes.

5. Beck – Morning Phase
Sans artifices, minimaliste et mélancolique, Beck reprend là où il nous avait laissé à l’époque de “Sea Change” (à mon grand bonheur). Entre folk, brume et ballades méditatives, Morning Phase invite à planer ou à plonger en mode introspection.

6. Liars – Mess
“Mess” est la preuve que Liars ont encore tout à donner. Complexe, vif et toujours aussi insaisissable, le groupe explore et livre un album frôlant l’hérésie par moment, mais surtout, un “bordel” au son post-punk et industriel ensorcelant.

7. Interpol – El Pintor
On retrouve Interpol avec un grand I, avec la même intensité, le même son hanté avec en plus, une touche de maturité. Si “El Pintor” ne réserve pas de grandes surprises, c’est la constance qui épate; une constance qui semble à bien des épreuves. Un album aussi classique que magnétique.

8. Hundred Waters – The Moon Rang Like A Bell
Convaincant, étonnant, original…Difficile de ne pas tomber sous les nombreux charmes de Hundred Waters. Confondant les genres et les éléments, la musique d’Hundred Waters imprègne davantage à chaque écoute. Une invitation à se perdre dans un univers fantastique, quelque part entre Perfume Genius et des chants de sirènes (et encore, on est ailleurs).

9. Thurston Moore – The Best Day
Le Thurston Moore post-rupture d’avec sa complice de longue date Kim Gordon revient en forme, peut-être même plus en forme que jamais avec “The Best Day”. Épique, assez positif, voire jubilatoire, on repense bien sûr à Sonic Youth, mais avec une liberté et une fougue renouvelées.

10. Real Estate – Atlas
Un album à saveur estivale et idéal pour nous accompagner en road trip vers la Californie. Si Real Estate ne s’aventure pas en terrain inconnu, le groupe peaufine sa formule, toujours avec cette fraîcheur et cette simplicité qui continuent de faire rêver en douceur.

Mention spéciale: Mac DeMarco – Salad Days
Il ne faut pas se laisser berner par les apparences: Mac DeMarco n’est pas qu’un excentrique, derrière ses délires, le Montréalais a bel et bien un talent certain. Sur “Salad Days”, il revisite le Chill Wave (ou “Blue Wave”) sans trop en mettre. On a même droit à des bribes de maturité et quelques réflexions intéressantes, notamment sur Chamber of Reflection et Passing Out Pieces.

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Vanessa Hauguel
Blogueuse - RREVERB
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Née à Montréal au milieu des années 80 (entre une chanson de George Michael et de Foreigner), Vanessa Hauguel se passionne pour la musique depuis qu'elle est tombée amoureuse de David Bowie et de Prince à 9 ans. Assoiffée de nouveaux artistes, elle aime aussi revisiter les oeuvres des artistes plus établis. Ayant un faible pour le rock indépendant, le classique, le folk, le New-Wave, et tout ce qui sort de l'ordinaire, elle vous invite à pourchasser le meilleur de la musique (en vous dictant ses états d'âmes au passage).