Vic Chesnutt est tout un personnage. Non seulement par le fait qu’il ne laisse pas son lourd handicap physique l’arrêter (il est paraplégique depuis l’âge de 18 ans suite à un accident automobile), mais surtout par l’intensité avec laquelle il plonge dans son art. Ses chansons paraissent toutes avoir été construites dans la douleur et l’introspection. Rien ne semble facile pour Chesnutt. Et c’est probablement par choix : cet auteur-compositeur-interprète ne veut sans doute pas tomber dans la complaisance, même s’il a un talent mélodique de haut niveau.

Cette fois, il s’est entouré de solides musiciens dont Guy Picciotto (de Fugazi !) et de membres d’A Silver Mount Zion, avec lesquels il partage dorénavant le label, Constellation. Le résultat n’est que plus impressionnant. Coward, d’entrée de jeu, est un hymne tribal à plusieurs guitares électriques qui démontre la dureté avec laquelle Chesnutt se juge. La musique, solennelle et imposante, ne vient que renforcer le propos. Le chanteur, qui vient de célébrer ses 45 ans, n’a beau être « armé » que de sa petite guitare sèche et de sa voix rocailleuse, fatiguée par les années, il mène tout ce tonnerre sonore avec sensibilité et une affirmation de soi qui frappe.

Chesnutt est du calibre de Neil Young (Chinaberry Tree a des allures de « Harvest »), en ce qui concerne la qualité musicale et l’implication émotive. Pas surprenant que des gars comme Kurt Cobain l’aient cité comme influence marquante. Chesnutt a cette capacité d’aller chercher au fond de lui la source de l’émotion. Et lorsqu’il prend une allure plus folk dépouillée (When the Bottom Fell Out ou la plus personnelle Granny), il est du calibre de Dylan (Concord Country Jubilee), Lanois ou Desjardins : un chanteur intimiste qui met son cœur sur la table. À nu. Vulnérable. Superbe.

Un album magnifique, intense, confidentiel, livré avec passion par un artiste qu’on sent physiquement et émotionnellement au bout du rouleau. Chesnutt se juge trop sévèrement : il n’est pas un Coward du tout. Pour plonger au plus profond de soi et se livrer autant, une dose de courage exceptionnelle est nécessaire. Que chaque humain qui se dit chanteur y prenne exemple.

Vic Chesnutt s’est suicidé le 25 décembre 2010.

VIC CHESNUTT
At the Cut
(Constellation, 2009)

-Genre : Folk/rock émotif
-Dans la même veine que Robert Wyatt, A Silver Mount Zion, Neil Young

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.