Le pianiste jazz Vijay Iyer s’affirme de plus en plus comme l’un des meilleurs compositeurs de sa génération. Son Trio, qui est complété par le batteur Marcus Gilmore et le bassiste Stephen Crump, a fait paraître « Break Stuff » en février dernier. Intelligente et variée, la musique de cet opus est également accessible. S’échelonnant sur plus de 70 minutes, l’album demeure captivant d’un bout à l’autre.

Vijay Iyer est né à New York, en 1971, de parents indiens. Son parcours musical est plutôt atypique. Il a commencé à jouer du violon à l’âge de 3 ans, avec une formation classique. Le piano est venu à lui un peu plus tard, mais il a appris à jouer de cet instrument par lui-même. Après des diplômes en mathématiques et en physique, il a obtenu un doctorat en psychologie de la musique. L’année dernière, il a été nommé professeur de musique à l’Université Harvard. Ses compositions sont relativement éclectiques, intégrant des cordes et des textures électroniques à l’occasion, dont sur son album « Mutations », paru en 2014.

« Break Stuff » est cependant du jazz plus conventionnel, du moins dans son instrumentation. Il y a d’ailleurs trois reprises de grands compositeurs. Tout d’abord, Iyer réinterprète Work, du pianiste Thelonious Monk, qui est son héros. Le Trio ne s’éloigne pas trop de l’originale, avec le côté improvisé que l’on y retrouve. Ensuite, du pianiste Billy Strayhorn, le Trio joue Blood Count. Cette dernière pièce est attaquée seul au piano, et Iyer en fait une très belle interprétation, toute en douceur. Finalement, Iyer reprend Countdown, du grand saxophoniste John Coltrane. Le Trio s’approprie complètement cette chanson, tout en démontrant sa grande virtuosité.
Vijay Iyer parle de son plus récent album dans cette vidéo. On peut d’ailleurs l’écouter en entier en suivant ce lien.

Ailleurs sur le disque, les atmosphères sont très variées, passant d’une ambiance feutrée et apaisante (Starlings et Wrens) à des moments hautement dynamiques (Hood et Mystery Woman). Avec un rythme syncopé, presque funk, la chanson-titre contient un excellent solo de piano. Crump et Gilmore sont cependant beaucoup plus que des faire-valoir, et les deux musiciens apportent une contribution très importante, notamment sur la subtile Geese et l’éclatée Taking Flight. La complexité rythmique et l’intensité de Chorale et de Diptych font que ces pièces sont deux des meilleures du disque.

De cet excellent « Break Stuff », on retient donc l’inventivité musicale et la qualité de l’interprétation. Les morceaux sont riches en idées, et la chimie du Trio est belle à entendre (les trois musiciens jouent ensemble depuis déjà une dizaine d’années). En s’appropriant des classiques du répertoire jazzistique, Vijay Iyer a aussi pu s’en libérer afin de pouvoir aller de l’avant et offrir des compositions audacieuses qui regardent vers le futur.
Notons en terminant que Vijay Iyer sera en spectacle le 1er juillet, en formule trio, au Monument National, dans le cadre du Festival de International de Jazz de Montréal. On peut se procurer des billets ici.

Vijay-Iyer-Break-Stuff
VIJAY IYER TRIO
Break Stuff
(ECM, 2015)

-Genre : jazz instrumental
-Dans le même genre que Brad Mehldau, Jason Moran et Aaron Parks

Lien vers l’achat en ligne (iTunes)
Lien vers la page Facebook de l’artiste

L'inventivité musicale de VIJAY IYER
ORIGINALITÉ 80%
AUTHENTICITÉ 85%
ACCESSIBILITÉ 70%
DIRECTION ARTISTIQUE90%
QUALITÉ MUSICALE90%
83%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.