Au fil des années, je me suis souvent demandé si j’aimais Yo La Tengo ou pas. Ils sont pour moi la définition même du « band indie obscur », même s’ils ont accumulé les fans au fil de leur carrière maintenant longue de 31 ans. Je n’ai pas toujours compris où ce groupe s’en allait, ni, je l’avoue, pas toujours pris le temps d’y consacrer le nombre d’écoutes attentives nécessaires.

Leur position dans « l’histoire du rock indépendant » est vague. On parle d’eux rarement, bien qu’ils existent depuis 1984 (oui!) et aient lancé 14 albums, dont le petit dernier « Stuff Like That Here » le 28 août dernier. Ils n’ont pas vraiment de « cult following » comme on dit chez les influenceurs, ni rien de légendaire. Pourtant, ils sont le chaînon manquant entre le Velvet Underground et des formations telles Belle & Sebastian ou The Go-Betweens, pour n’en nommer que deux.

Ce soir, après une journée démente au travail, un rendez-vous médical, une pratique de hockey avec mon fils, je n’étais même pas sûr de vouloir faire les vingt minutes de voiture pour traverser la ville jusqu’au Corona pour écouter ce groupe que je ne connais pas assez. Mais une fois rendu, j’ai été ravi. J’ai savouré pleinement pour la première fois la musique de Yo La Tengo. Les quatre musiciens, sans âge, ne sont pas prétentieux pour deux sous, n’imposent pas un fort volume inutilement, et bercent presque leur public, attentif et envouté.

Voici une performance récente du groupe.

 

Je suis sous le charme. Les chants tout en douceur du guitariste Ira Kaplan et de la batteuse Georgia Hubley Sont directement affiliés à l’époque où Lou Reed faisait chanter Moe Tucker et où lui-même y mettait tout son coeur. Yo La Tengo ont d’ailleurs repris Over You, que le Velvet n’a jamais enregistré en studio, mais seulement joué live (dont la version la plus connue sur l’album en concert de 1969). Perfect fit, comme disent les New-Yorkais.

Kaplan, Hubley et le contrebassiste James McNew avaient invité leur ami le guitariste Dave Schramm, qui a fait partie du groupe par séquence au cours des trois dernières décennies, à jouer avec eux ce soir. Il a ajouté de très jolis passages sans ne jamais faire dévier l’ambiance. Le groupe avait aussi emmené de l’art visuel. Une dizaine de toiles, souvent d’un style naïf, étaient disposées sur des lutrins, habillant la scène, comme si le groupe chantait lors d’une expo. Sympa, sans être renversant.

Yo La Tengo, comme ils en ont l’habitude, se sont fait plaisir en reprenant à la sauce Moe Tucker le tube des Cure, Friday, I’m in Love. Chanté par Hubley, on aurait parié une filiation directe entre elle et la célèbre adepte du minimalisme chez le Velvet. Plus tard, ils ont aussi joué For The Turnstiles, excellente chanson de Neil Young datant de l’album « On the Beach », de 1974.

 

Au final, c’était une magnifique soirée, tout en douceur et subtilité, de la part d’un grand, mais humble groupe indie rock qui a toujours été discret dans son approche de la musique. Les trois rappels ont démontré l’appréciation du public montréalais.

YO LA TENGO jouait au Théâtre Corona, le 2 octobre 2015. Une présentation de Greenland.

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.