Son premier album en 14 ans, « Sur la terre », est paru au printemps dernier. Et voilà que son premier spectacle de chansons originales à Montréal en près de 10 ans avait lieu hier soir. Un Club Soda bien garni attendait Pierre Flynn avec fébrilité et impatience. En grande forme et en verve, content d’être là avec nous, Flynn a offert un superbe spectacle, plein d’humanité et de moments magiques.

28 ans après sa participation au premier Coup de cœur francophone, Flynn se produisait de nouveau dans le cadre de ce festival. Il était accompagné de quatre excellents musiciens : Andre Papanicolaou à la guitare, Mario Légaré à la basse (son complice d’Octobre), Jean-Sébastien Fournier aux claviers et José Major à la batterie. Une belle chimie opérait au sein du groupe, et les cinq avaient visiblement du plaisir à jouer ensemble. Son, éclairage, musique : tout était vraiment bien fait.

Pierre Flynn a pigé dans tout son répertoire pour occuper la bonne centaine de minutes qu’a duré le spectacle. « Sur la terre » a été joué presque en entièreté, surtout dans la première partie du spectacle. Le dernier homme a ouvert le spectacle, avec la voix grave, juste et riche de Flynn. Ce dernier est à la guitare acoustique, mais va plus tard au piano pour l’excellente 24 secondes. La magnifique Étoile, étoile n’est pas avantagée par les cordes synthétiques, mais est tout de même très bien rendue, avec beaucoup d’émotion.

Flynn nous surprend ensuite avec une reprise sentie d’Alone And Forsaken, du légendaire Hank Williams. Il nous confesse que, plus jeune, il aimait toutes les styles de musique, sauf peut-être le country. La sophistication du prog-rock avait peu d’estime pour les chansons à trois accords… Mais il aime le grand Hank, et enchaîne cette pièce avec la très prog Le chant du guerrier, composée avec son groupe Octobre. Ce n’est vraiment pas toute la musique progressive des années 70 qui a bien vieilli, mais cette chanson a encore peu de rides, avec son clavier à la Riders On The Storm, des Doors.

La deuxième partie du spectacle se consacre ensuite surtout à son répertoire un peu plus ancien. Il y a évidemment le grand classique Sur la route, complètement modernisée, qui lui donne encore plus une judicieuse touche americana. En cavale est tout aussi savoureuse et dépouillée, avec l’excellente guitare slide de Papanicolaou. Surprise : Possession est chantée a capella, alors que Croire est réinventée à deux guitares acoustiques. Flynn et ses musiciens ont donc fait un grand travail de réinterprétation et d’actualisation, montrant la vigueur et la pertinence de ses compositions, près de 30 ans plus tard. Flynn se permet également de nous offrir Ma rose éternité, tirée du projet des 12 hommes rapaillés.

Flynn lie la plupart de ses chansons avec des anecdotes ou des histoires sur l’origine de ses morceaux. On constate, si ce n’était pas déjà fait, que Flynn est un grand observateur de la société, des bons comme des mauvais côtés. Il est en quelque sorte un itinérant (selon ses mots) qui observe toutes sortes de gens pour s’en inspirer. Son itinérance musicale l’a par ailleurs amené dans plusieurs projets différents, d’Octobre aux 12 hommes rapaillés. On sentait qu’hier il rentrait à la maison. Il était serein et a conclu le spectacle avec Capitaine, ô capitaine, de son dernier album, une chanson on ne peut plus paisible et rassembleuse. Le navire est à bon port.

Réagissez à cet article / Comment this article

commentaires / comments

About The Author

Blogueur - RREVERB
Google+

Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.