Six ans après le superbe « Chamber Music », Vincent Segal et Ballaké Sissoko sont de retour avec un deuxième album collaboratif. Cet opus qui vient de paraître s’intitule « Musique de nuit », et s’inscrit en continuité avec le premier album. On retrouve cette même synergie qui est au cœur du projet et lui donne une couleur unique. La collaboration entre le violoncelliste français et le joueur de kora malien s’est beaucoup enrichie ces dernières années, avec les quelques 200 concerts qu’a donné le duo dans la foulée de l’accueil chaleureux qu’avait reçu « Chamber Music ». Une chose demeure toutefois : le nouvel opus est tout aussi excellent que le premier.

« Musique de nuit » se sépare en deux faces relativement distinctes. La face A comprend les quatre premières pièces du disque, qui sont très longues, durant chacune de cinq à huit minutes. Ces quatre morceaux ont été enregistrées en pleine nuit sur le toit de la résidence de Ballaké Sissoko dans le quartier de Ntomikorobougou, à Bamako, la capitale du Mali. Ces quatre pièces sont totalement organiques et se fondent dans l’atmosphère et l’ambiance de la nuit, avec le ciel étoilé de Bamako comme plafond. En y prêtant attentivement l’oreille, on peut y entendre toutes sortes de bruits : des moutons qui bêlent, des sirènes d’ambulance, un tapis de prière qu’on secoue. Ces bruits de fond discrets mettent brillamment et naturellement en scène les quatre excellents morceaux, Niandou et N’Kapalema se démarquant du lot par leur intensité et leur luminosité.

Les cinq chansons de la seconde face ont été enregistrés la nuit encore, mais cette fois au studio Bogolan, toujours à Bamako. La face B s’ouvre avec Diabaro, où on peut entendre chanter la seule invitée du disque, la griotte Babani Koné. Cette dernière y va d’un chant superbement plaintif, auquel se joignent de belle manière les deux instrumentistes. D’une durée d’une à quatre minutes, quatre autres pièces complètent le disque. Super étoile rend un hommage inspiré au groupe de Youssou N’Dour, lui qui a initié Vincent Segal à la musique africaine au début des années 90. Le court et délicat Prélude mène à l’envoûtante Samba Tomora. La méditative chanson-titre conclue l’album tout en douceur.

À défaut de parler la même langue maternelle et de se comprendre avec des mots, Vincent Segal et Ballaké Sissoko partagent un langage universel, soit celui de la musique. À écouter ces neuf pièces qui effacent toutes les frontières entre la musique malienne traditionnelle, la musique classique, le jazz et la musique gitane, on se surprend justement à rêver que les frontières n’existent plus, que tous les êtres humains vivent en paix et en harmonie. « Musique de nuit » a été fait dans le respect et l’écoute, avec un caractère improvisé et authentique.

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VINCENT SEGAL ET BALLAKÉ SISSOKO
Musique de nuit
(No Format!, 2015)

-Genre : musique malienne métissée

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Le langage universel de BALLAKÉ SISSOKO et VINCENT SEGAL
originalité80%
authenticité90%
accessibilité75%
direction artistique95%
qualité musicale95%
87%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.