En ce moment même, je ne peux affirmer avec certitude que les fondations du bâtiment auront su résister, finalement, au passage du diabolique satyre BERNARD ADAMUS et à sa sulfureuse cacophonie. En effet, il menait une virée infatigable au Métropolis, hier soir, dans le cadre des Francos. La structure et les occupants ont été mis à rude épreuve; à feu et à sang même, par la fête de cette bête démente; avec son ramassis de blues, jazz, bluegrass, de folk même, le tout, à sa manière singulière, maniaque et déjantée. Ça “rockait” robustement dans la salle pleine, si pleine de fous furieux “fans” comblés. Le parterre au complet bondissait, dansait et s’adonnait même, par moments, à un “trash” vigoureux, mais amical. Notre hôte était en grande forme, sa cohorte aussi! Tant que, lors des populaires Brun et La question à 100 piasses, par exemple, je ne me souviens pas avoir vu un tel délire festif habiter le Métropolis.

 

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Escorté d’un “band” complet d’une dizaine de musiciens d’exception (avec 3 choristes même) et de leur outillage; cuivres, banjo, piano/orgue (Wurlitzer?), alouette. C’était toute une liturgie débauchée du meilleur du matériel d’Adamus en pas moins de 21 morceaux. Au rappel, une superbe reprise du Faire des enfants de Jean Leloup. Le tout sans interruption, presque, c’était un marathon d’intense “fun noir”! Une orgie de solos, garrochés avec brio, ici et là; notamment d’étourdissants passages de génie par le joueur de banjo, une fois même debout sur le tabouret de Bernard, afin de tenter de faire sauter le plafond déjà chancelant! Endiablé au maximum, l’orchestre réussissait le tour de force de faire grimper le thermostat, coche par dessus coche, chanson après chanson, jusqu’à l’ébullition ambiante la plus totale.

 

 

Que nous sommes choyés, au Québec, d’avoir accès à ce genre d’artiste hautement singulier. Avec son joual, un “parler” vif et incisif, d’une finesse, jamais par dépit; simplement parce que ça résonne mieux dans nos caboches et dans notre coeur afin de nous raconter notre ville, les beuveries, la rue Ontario, la vie, la nôtre… Adamus est un artiste frénétique oui mais bourré de sensibilité et de réalisme! Complet, pour moi, il rivalise avec les plus grands; non seulement avec la folie ténébreuse d’un Plume Latraverse ou d’un Dédé Fortin avec qui la parenté est évidente; mais, après trois aussi costauds albums, il concurrence avec les grands du rock même. Sans réinventer, il entremêle, avec goût, tous les chapitres du blues, du folk, etc. Mes oreilles bourdonnent encore de plaisir ce matin, de guitares et d’harmonica aussi, de cette bouillie forte, folle et râpeuse!

 

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Difficile de reprocher quoi que ce soit à ce concert. Une fête débile racontant, avec bruit, toute la vibration urbaine, en poésie “sale” mais “songée”, musicalement d’une technique ahurissante. Le groupe continuera son increvable tournée, au Québec, cet été; si vous souhaitez passer un de ses rares moments où toute une salle est soufflée par les diableries d’un artiste entier; dégourdissez-vous et jetez-vous dans la fosse. Le génial et gentil “bum” va vous en donner pour votre argent!

 

Adamus, so what? Oh non! En ce moment même, personne d’autre au Québec n’offre un “trip” rock “total” aussi inspiré et avec une telle impétuosité, personne!

 

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Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L'écoute d'un disque est un instant privilégié de rencontre avec l'essence même d'un créateur. Maelstrom de sons, myriades d'émotions et petits morceaux d'âmes à l'état brut. Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n'a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.