Pour les fans de Blur des années 90 qui abandonné le groupe après Song 2 (LE tube de 1997, véritable symbole de la décennie), ce premier album après un long silence de 12 ans pourra être déconcertant. Mais pour les très nombreux fans de Damon Albarn qui l’ont suivi avec Gorillaz, The Good, The Bad and The Queen puis avec son album solo de l’an dernier, ce disque est une suite des plus logiques du parcours musical du flegmatique mais prolifique chanteur britannique.

Le nouvel opus de Blur ressemble beaucoup plus aux œuvres récentes d’Albarn: un morceau comme New World Towers comporte ce spleen calme typique de son album solo. Sur My Terracotta Heart, c’est encore cette sensibilité qui ressort. On ne sait pas s’il y parle d’un amour ou d’une amitié de longue date, qui connaît des transformations à travers le temps.

Seule la toute première chanson, l’entraînante Lonesome Street, a le punch des succès de Blur. On y sent aussi l’influence des Clash, notamment sur Go Out, où Albarn fait un Joe Strummer de lui-même, alors que les guitares sont plus stridentes en arrière-plan, jusqu’à ce qu’elles envahissent complètement le paysage sonore. Albarn n’avait pas joué avec un guitariste du style de Graham Coxon depuis Blur. Ce sont donc des retrouvailles non seulement avec ses anciens potes, mais aussi avec un son plus rock, laissé de côté toutes ces années (I Broadcast).

Ceci dit, des morceaux plus, comment dire, ludiques comme Ice Cream Man sont plus proches de ces pièces récentes. On peut y voir un lien certain avec Mr Tembo, l’histoire du petit éléphant adopté, l’un des singles solo d’Albarn sur « Everyday Robot ». Chansons simples mais accrocheuses. Il en faut. Et Albarn semble avoir de la facilité à les créer.

D’autres morceaux sont presque ambiants, comme Thought I Was a Spaceman, sur laquelle Albarn raconte ses rêveries sur un beat électronique, quelques notes de guitares et de lointains claviers. Pas la pièce la plus passionnante de l’album, même lorsque la batterie de Dave Rowntree y insuffle de l’énergie, mais pas désagréable non plus. Le genre de morceau dont la finale est meilleure que l’intro. Le genre qui termine bien un concert, pour reposer le public sur ses pieds après l’avoir emmené ailleurs.

“The Magic Whip” est probablement l’un des plus beaux “comeback albums” d’un groupe qui prend une longue pause. La plupart du temps ces longs hiatus ne mènent à rien de bon: la séparation officielle du band ou un album qui n’est pas à la hauteur de l’oeuvre du groupe. Ici, autant Blur qu’Albarn peuvent être fiers du travail bien fait sur leur 8e opus.

BLUR
The Magic Whip
(Parlophone / Warner, 2015)

-Genre: brit rock flegmatique
-Dans le même genre que The Charlatans UK, Suede, Pulp

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.