Cet article est le deuxième d’une série de quatre sur les albums rock du milieu des années 60 de Bob Dylan. Cliquez ici pour lire la première partie.

De retour d’une tournée acoustique en Grande Bretagne en mai 1965 (documentée dans le film Dont Look Back), Bob Dylan s’ennuyait et pensait quitter le monde de la musique. Puis il a « vomi » un texte de 20 pages duquel il a extrait Like A Rolling Stone. Il est allé en studio le 15 juin et en a enregistré cinq prises d’une version relativement lente, en 3/4, dominée par le piano (un extrait en est disponible sur « The Bootleg Series Volumes 1–3 »). Il y est retourné le lendemain et 15 prises ont été enregistrées. La quatrième est finalement celle qui est passée à l’histoire.

Un groupe de musiciens experts s’est joint à Dylan et au réalisateur Tom Wilson durant cette session, notamment Al Kooper à l’orgue, Paul Griffin au piano et Mike Bloomfield (du Paul Butterfield Blues Band) à la guitare électrique. Le motif d’orgue est superbe, et le jeu de guitare de Bloomfield est sensationnel. La performance de Dylan au chant et à l’harmonica est passionnée et enflammée. Il déclame son texte avec une fureur et une énergie incomparables. Les paroles s’attaquent de manière vengeresse à une femme de la haute société qui se retrouve soudainement seule dans la rue et se rend compte que tous les gens autour d’elle sont des escrocs et des frimeurs. Plusieurs personnes pourraient avoir été visées par cette chanson, dont Joan Baez, Marianne Faithfull, Edie Sedgwick ou des hommes comme Bob Neuwirth ou Brian Jones, des Rolling Stones, qui pensait que la pièce lui était adressée. Peu importe : c’est un chef-d’œuvre.

Sortie en single le 20 juillet, cette chanson a connu un grand succès, malgré sa longueur inhabituelle pour les postes de radio de l’époque. Le 25 juillet, Dylan s’est présenté au Festival folk de Newport et a fait ses adieux au mouvement folk, avec une prestation électrique qui a en a choqué plus d’un. La semaine suivante, du 29 juillet au 4 août, il est retourné en studio avec presque tous les mêmes musiciens, mais un réalisateur différent en Bob Johnston. « Highway 61 Revisited » paraîtra le 30 août 1965, avec Like A Rolling Stone comme première chanson.

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Ballad Of A Thin Man est certainement la chanson la plus significative de l’album (après celle mentionnée plus haut). Dylan s’adresse à un certain Mr. Jones, représentatif du conservatisme et de la stagnation de l’époque, face à un Bob Dylan cynique, en constant mouvement et carburant aux amphétamines. Menée par le piano et l’orgue, cette pièce se moque de cet homme, possiblement un journaliste, qui ne comprend pas trop ce qui se passe : « Because something is happening here But you don’t know what it is. Do you, Mister Jones ». Desolation Row est une superbe ballade acoustique, la seule de l’album, et une fable épique de plus de 11 minutes (une version électrique se retrouve sur « The Bootleg Series Vol. 7 »). Avec une poésie surréaliste, cette épopée insondable met en scène entre autres Casanova, Roméo, Einstein déguisé en Robin des bois, le Fantôme de l’Opéra et Caïn et Abel.

Ailleurs, le son est garage-rock, comme sur l’excentrique Highway 61 Revisited et From A Buick 6. Tombstone Blues a un son blues et une poésie métaphorique et très hermétique. It Takes A Lot To Laugh, It Takes A Train To Cry est aussi bluesy, dominée par le piano et la guitare, tout comme l’excellente Just Like Tom Thumb’s Blues. La très décontractée Queen Jane Approximately s’adresse à une personne prise dans un style de vie qui ne mène nulle part. C’est aussi une critique des hippies, que Dylan, en tant que beatnik, n’a jamais aimés : « Now when all of the flower ladies want back what they have lent you, And the smell of their roses does not remain, And all of your children start to resent you, Won’t you come see me, Queen Jane? ».

Le sixième album de Bob Dylan est donc une grande réussite, souvent indéchiffrable pour ce qui est des paroles, mais parfois très clair quant à l’objectif recherché : Dylan voulait s’affranchir de tous les stéréotypes qui lui collaient à la peau, surtout ceux de « porte-parole d’une génération » et de chanteur de protestation. Il continue donc le travail amorcé sur son dernier album et s’arme en vue d’affronter les foules – hostiles à sa désertion du folk engagé – qui lui feront face lors de ses prochains concerts. Il sera accompagné en spectacle d’un jeune groupe de rhythm and blues du nom de Levon and The Hawks.

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BOB DYLAN
Highway 61 Revisited
(Columbia , 1965)

-Genre : folk-rock
-Dans le même genre que The Beatles, The Animals, The Byrds

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BOB DYLAN n'est plus le porte-parole de sa génération
ORIGINALITÉ 95%
AUTHENTICITÉ 85%
ACCESSIBILITÉ 85%
DIRECTION ARTISTIQUE100%
QUALITÉ MUSICALE100%
TEXTES 100%
94%Overall Score
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97%

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.