Cet article est le troisième de cinq faisant la rétrospective complète de la discographie de David Bowie. Cliquez ici pour lire le deuxième.

« Station To Station » – Station To Station
Premier de la deuxième moitié des années 70, cet album en est certes un de transition, mais aussi de renouveau et d’expérimentation. David Bowie crée un fascinant hybride entre plastic soul, disco, avant-garde européenne, funk et art-rock. À mi-chemin entre « Young Americans » et « Low », « Station To Station » montre le chemin en avant, vers la fascinante « Trilogie berlinoise » des prochaines années. Plusieurs chansons sont remarquables, dont le tube disco-funk Golden Years et la magnifique Wild Is The Wind. C’est toutefois la chanson-titre qui vaut principalement le détour. À un peu plus de 10 minutes, c’est la plus longue chanson de Bowie et Musicalement, la pièce est très bien construite, un grand chef-d’œuvre. Ce dernier annonce la venue de son nouveau personnage, le Thin White Duke, un mégalomane à la psyché certainement troublée : « It’s not the side-effects of the cocaine, I’m thinking that it must be love ».

« Low » – Warszawa
En 1976, Bowie se déplace vers Berlin-Ouest, où il tente, avec Iggy Pop, de mettre un terme à son addiction à la cocaïne. Bien que pas toujours enregistrés à Berlin, les trois prochains albums sont connus sous le nom de la « Trilogie berlinoise ». Les trois ont un côté fortement expérimental, alors que Bowie, avec son réalisateur Tony Visconti et son collaborateur Brian Eno, va vers un rock visionnaire et la musique électronique et ambiante. Le son de la batterie est particulièrement unique, et a été imité durant toutes les années 80.
« Low » est certainement un des meilleurs albums de Bowie, avec un groupe de chansons rock expérimentales relativement accessibles, puis un groupe de morceaux ambiants. C’est sur ces quatre dernières pièces que l’influence d’Eno se fait sentir, notamment sur la superbe Warszawa, que je recommande fortement. Eno joue les synthétiseurs et produit les différents effets sonores, alors que Bowie fait des vocalises plutôt étranges. L’effet est saisissant et envoûtant, et a inspiré Ian Curtis à nommer son groupe Warsaw, pour ensuite l’appeler Joy Division.

« “Heroes” » – “Heroes”
Enregistré à Berlin, dans un studio tout près du Mur, « “Heroes” » a une ambiance très spéciale et est un autre chef-d’œuvre. Il est structuré de la même façon que le précédent, avec une face de chansons rock expérimentales et une autre face de chansons instrumentales avant-gardistes. Les chansons bénéficient par ailleurs de l’apport du phénoménal guitariste Robert Fripp. Les pièces instrumentales sont très intéressantes dans les textures et les ambiances qu’Eno et Bowie sont allés chercher.
Le grand classique et l’incontournable de ce disque est la chanson-titre, où Bowie livre une de ses meilleures performances vocales en carrière, avec une construction sonore exceptionnelle. Dramatique et grandiose, l’interprétation donne des frissons encore aujourd’hui. Bowie raconte l’histoire de deux amoureux qui se retrouvent près du Mur pour s’enlacer, et il le fait de brillante manière : « Standing, by the wall, And the guns, shot above our heads, And we kissed, as though nothing could fall ».

06 Jun 1977, Anet, France --- British singer, songwriter and actor David Bowie in the workshop of Hungarian French artist Victor Vasarely. --- Image by © Christian Simonpietri/Sygma/Corbis

David Bowie en 1977

« Lodger » – Look Back In Anger
Le dernier album de la « Triologie berlinoise » est quelque peu différent des précédents. Bowie a laissé passé plus de temps entre ses deux derniers disques, notamment pour faire une tournée de spectacles. On ne retrouve plus de face instrumentale, mais les chansons ne sont pas nécessairement plus faciles d’approche. Bowie intègre par ailleurs des éléments de musique africaine (African Night Flight), turque (Yassassin) ou allemande (Red Sails). S’il ne repousse pas autant les limites que sur les deux précédents albums, « Lodger » est tout de même excellent. Look Back In Anger est la chanson à écouter sur cet album. Elle a une urgence, une frénésie et une efficacité à tout casser. Le solo de Carlos Alomar est représentatif du disque en général : sans prétention, mais diablement bien fait.

« Scary Monsters (And Super Creeps) » – Ashes To Ashes
Robert Fripp est de retour avec Bowie sur cet album, qui peut être considéré comme son dernier grand chef-d’œuvre. « Scary Monsters (And Super Creeps) » est paru en 1980, et le suivant ne paraîtra que trois ans plus tard, ce qui conclut une phase créatrice intense et fructueuse. Cet album a un son mordant, avec les guitares à l’avant-plan. On peut aussi y entendre des sonorités new wave et post-punk, que Bowie a contribuées à faire éclore.
L’irrésistible Ashes To Ashes est la pièce qui se démarque du lot. Ce grand classique est fortement autoréférentiel, avec ses allusions à « Ground Control » et à « Major Tom », qu’on avait connus sur Space Oddity. Cette superbe chanson a eu droit à un vidéoclip complètement surréaliste et éclaté, qui a certainement influencé plus d’un vidéaste de MTV, quelques années plus tard.
La prochaine décennie verra Bowie délaisser l’avant-garde et l’expérimentation en faveur d’une musique beaucoup plus conventionnelle, mais de moins en moins convaincante.

Cliquez ici pour lire la suite

david-bowie 1980

David Bowie en 1980

Réagissez à cet article / Comment this article

commentaires / comments

About The Author

Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
Google+

Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.