Il y a quelque chose d’intangible chez les Dead Obies. Le “scandale” de l’utilisation du franglais aura servi à les faire connaître du grand public lors de la sortie de leur premier opus “Montréal Sud” en 2013, mais ce collectif de talents est bien plus que ça. Il y a cet edge chez les Obies qui rappelle les Beastie Boys dans le fond (plus que la forme) et les meilleurs moments de Loco Locass. Ils ont repoussé les limites du genre hip-hop en combinant une authenticité pure (ils en parlent d’ailleurs sur la bien nommée Pour vrai) avec une maîtrise musicale haut de gamme.

Les beats et effets sonores sont choisis avec parcimonie pour créer un groove auquel il est difficile de résister (Johnny), sur lequel les paroles frappent. Cynisme, humour noir, vie quotidienne du post-ado de la banlieue montréalaise sont les sujets et le ton de prédilection des six Obies. Des morceaux comme Where they @ et Aweille font partie des meilleurs parus sur le territoire canadien en 2016, tous genres confondus.

 

Cette dernière est d’ailleurs un tour de force qui ramène une trâlée de références culturelles qui démontrent que les auteurs sont bel et bien conscients de leur bagage et que leur succès artistique (et populaire) n’est pas dû à un coup de chance. Les références à Gilles Vigneault, Claude Dubois, Dédé Fortin défilent tour à tour dans Aweille qui devra être considéré parmi les chansons qui définissent une génération de Québécois, au même titre que Libérez-nous des Libéraux de Loco Locass pour les une-coche-plus-âgés ou Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde de Lisa LeBlanc pour les carrés rouges.

Jump, aweille jump up dans le tour bus
Bébé j’a joue la toune ou bedon je r’tourne au Starbucks
Livin’ on the road, booty naked dans un car wash
So fresh, so clean, bitch, ta cousine était starstruck
Ça fait qu’on frappe le Hit Parade
On célèbre ça a’ec une bague pis une douche de Gatorade, homie
Got the juice, we be sippin’ Tanqueray, cause
Everyday my birthday, hip hip hip hurray!

dead-obies-2014

illustration : JP Côté

Le plus récent opus des VNCE (le beatmaker de la bande), Yes Mccan, Jo RCA, 20some, Snail Kid et O.G. Bear, « Gesamtkunsterk », a été enregistré live au Centre Phi, à Montréal, les 14, 15 et 16 octobre 2015 (avec les musiciens live Jahsun Promesse à la batterie, Mark Alan Haynes à la basse, Jean-Michel Frédéric au piano, Parker Shper aux synthés et les choristes Judith Little Daudelin et Sarah Makonnen, ainsi qu’au studio DO, à Montréal, de septembre 2015 à janvier 2016. La musique est signée VNCE. L’album a été lancé le 4 mars 2016. En plus des 2 LP, les Obies avaient aussi lancé deux albums de mixtapes : « Collation Vol. 1 » (2012) et « Collation Vol. 2 – Limon Verde: La Experiencia » (2014).

Les Dead Obies ont tracé leur chemin selon leur propre route, avec des références artistiques et musicales bien plus riches que la moyenne. C’est ainsi qu’on distingue les grands crus des simplement bons albums. L’edge. La profondeur. L’authenticité. Amen.

dead-obies-gesamtkunsterk

DEAD OBIES
Gesamtkunsterk
(Bonsound, 2016)

-Genre: néo-hip-hop
-Dignes héritiers des Beastie Boys, Loco Locass

Écoute et achat sur la page BandCamp du groupe
Lien vers la page Facebook du groupe
Lien vers la chaîne YouTube du groupe

Réagissez à cet article / Comment this article

commentaires / comments

About The Author

Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.