À Madagascar, cette grande île à l’est de l’Afrique, réside un grand guitariste qui transcende son instrument. D’Gary — Ernest Randrianasolo de son vrai nom — est un autodidacte qui a « inventé » plus de 16 façons d’accorder son instrument, ce qui lui ouvre d’innombrables opportunités musicales. Considérez seulement que les plus grands guitaristes du rock (Hendrix, Page, Clapton) ne connaissent que deux façons d’accorder une guitare (en slide ou « normale ») et que la très grande majorité des guitaristes classique qu’une seule, l’innovation de D’Gary est immense. Imaginez à quel point le guitariste connaît son instrument pour le transformer à ce point et toujours en extraire une musique magnifiquement belle. On raconte qu’il accorde sa guitare différemment pour chaque morceau qu’il joue.

« Son style a en effet de quoi déconcerter : on jurerait qu’il y a au moins deux guitaristes alors qu’il est seul. Certains considèrent que le guitariste tente de reproduire le son du marovany, une cithare sur caisse faisant partie des instruments traditionnels de Madagascar, mais il faudrait plutôt chercher du côté du lokanga, le violon traditionnel des Bara, et de la cérémonie du havoria » peut-on lire sur le site musique-madagascar.com, spécialisé en musique malgache.

Le plus étonnant sur un album comme « Akata Meso », paru en 2002 sur l’excellent Label bleu, est que cette innovation ne s’entend pas. On sait qu’il est probablement le seul sur Terre à pouvoir jouer la musique qu’on entend, mais pourtant, on ne se concentre que sur la beauté des notes qui sortent de son instrument. La très belle Resaka Marandray, chantée par Gustavo Ovalles, est un bel exemple de mélodie sublime qui fait oublier la virtuosité du guitariste. Et c’est tant mieux! Les musiciens trop forts et trop techniques oublient souvent d’être des compositeurs d’airs mémorables. Comme en écriture, la simplicité est plus compliquée que la rapidité d’exécution.

On y entend souvent des airs africains qui auraient pu être joués à la kora, tellement son jeu ressemble à celui des griots. Pourtant, D’Gary est à des milliers de kilomètres de ses frères de son, un peu isolé sur son île. (Ce n’est plus vrai quelques années plus tard, alors qu’il est maintenant invité à jouer dans les grands festivals, comme au Jazz de Montréal, en 2004).

Sa virtuosité est évidente. Lorsqu’il joue Bobo-Drano en compagnie du percussionniste singapourien Nantha Kumar, les notes défilent à une vitesse vertigineuse, qui doit faire halluciner les Eddie Van Halen et Joe Satriani de ce monde. D’Gary maîtrise l’instrument.

Un grand album d’un grand guitariste.

D’GARY
Akata Meso
(Label Bleu, 2002)

-Genre: guitare africaine / world
-Dans le même genre que Richard Bona, Djelimady Tounkara

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.