Cet article est le deuxième et dernier texte portant sur les deux premiers albums/compilations du bluesman Howlin’ Wolf. Cliquez ici pour lire le premier.

Après la parution de « Moanin’ in the Moonlight », Howlin’ Wolf s’est aussitôt remis au travail. De 1959 à 1962, il fera paraître certains des plus grands classiques du blues de Chicago. En 1962, Chess Records regroupera ces pièces sur un album éponyme, qui se fera appeler plus tard « The Rockin’ Chair Album », en raison de l’image sur la couverture. « The Rockin’ Chair Album » aura une immense influence sur la nouvelle génération de groupes rhythm and blues qui émergera en Grande-Bretagne et culminera avec la British Invasion. Outre la prestation toujours remarquable de Howlin’ Wolf, l’extraordinaire jeu de guitare de Hubert Sumlin retient l’attention, lui qui s’affirme dans ces années comme un guitariste de premier plan. Willie Dixon a aussi eu un rôle plus important, étant l’auteur-compositeur de 9 des 12 chansons du disque.

Le jeu fluide et imaginatif de Sumlin est en évidence sur Shake For Me, qui contient un excellent solo. Wolf et Sumlin se distinguent également avec la slide guitar sur le classique country blues The Red Rooster. Plusieurs ont repris cette pièce : les versions de Sam Cooke et des Rolling Stones sont satisfaisantes, mais n’égalent pas l’originale (The Doors en ont aussi fait une reprise en spectacle). You’ll Be Mine est une chanson au tempo rapide, propulsée par le piano. Dix ans plus tard, Marc Bolan et T. Rex s’en inspireront sans trop de gêne! L’autobiographique Who’s Been Talking? comprend une surprenant contribution du mélodica. Wang Dang Doodle et Little Baby sont de torrides blues.

Voici une playlist contenant toutes les chansons de l’album.

Quelque peu semblable à Smokestack Lightning, la classique Spoonful est une des meilleures chansons de Howlin’ Wolf. Cream en a fait une interminable version live blues-psychédélique, alors que The Paul Butterfield Blues Band a été fidèle à l’originale. Même Etta James l’a reprise, mais personne ne l’a rendue d’une manière aussi intense que Wolf. Enregistrée pour la première fois en 1941, Goin’ Down Slow voit Sumlin et Jimmy Rogers s’échanger de savoureux motifs de guitare, alors que Dixon déclame des interludes parlés et Wolf chante de manière sentie. La slide guitar est par ailleurs perçante sur la très bonne Down In The Bottom.

Reprise entre autres par The Doors sur leur premier album, l’excellente Back Door Man compte une fois de plus sur l’efficace piano d’Otis Spann et le distinctif jeu de guitare de Sumlin. Le chant passionné de Wolf supplante l’interprétation de Morrison. Célébration de l’amour et de la passion sexuelle, l’excellente Howlin’ For My Baby (parfois Howlin’ For My Darling) a un rythme syncopé et dansant. Le furieux harmonica de Wolf domine Tell Me. La performance vocale de Wolf est fabuleuse, d’une puissance insurpassable.

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Hubert Sumlin et Howlin’ Wolf

Pour ceux qui désirent poursuivre leur exploration de la musique de Howlin’ Wolf, on peut suggérer le coffret « The Chess Box », sorti en 1991 et comptant trois disques. Le tour d’horizon est certainement plus exhaustif – mais plus coûteux. On pourra y entendre notamment les classiques postérieurs à 1962, dont Killing Floor (un jeune Buddy Guy y a participé), Three Hundred Pounds Of Joy et Built For Comfort. Quelques très bonnes chansons enregistrées de 51 à 61 auraient également pu se retrouver sur les disques originaux, dont I Ain’t Superstitious, Sitting On Top Of The World et Change My Way.

Une rétrospective de l’œuvre de Howlin’ Wolf permet de constater à quel point sa musique a été influente. The Rolling Stones idolâtraient Wolf. Lorsqu’ils ont été invités à la populaire émission télévisée Shindig!, en 1965, ils ont insisté pour que Howlin’ Wolf soit présent et interprète How Many More Years. Mick Jagger et Brian Jones se sont assis près de l’imposant personnage lors de sa prestation, et semblaient en complète admiration devant ce géant de la musique. Quelques années plus tard, en 1970, Chess enverra même Wolf à Londres pour enregistrer « The London Howlin’ Wolf Sessions », avec entre autres Eric Clapton, Steve Winwood, Bill Wyman et Charlie Watts. L’album n’est pas une grande réussite, mais cela témoigne tout de même du respect qu’avaient ces jeunes musiciens pour ce pionnier. Howlin’ Wolf mourra en 1976, mais laissera un immense héritage encore audible aujourd’hui.

Howlin' Wolf-Moanin' in the Moonlight
HOWLIN’ WOLF
Howlin’ Wolf/Moanin’ in the Moonlight
(Geffen Records, 1986)

-Genre : blues électrique de Chicago
-Dans le même genre que Muddy Waters, Little Walter, Elmore James

Lien vers l’achat en ligne (iTunes)

 

HOWLIN' WOLF influence la nouvelle génération de rockeurs
ORIGINALITÉ 100%
AUTHENTICITÉ 90%
ACCESSIBILITÉ 85%
DIRECTION ARTISTIQUE95%
QUALITÉ MUSICALE100%
TEXTES85%
93%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.