Après le magnifique et influent “Mustango” de 1999, l’auteur-compositeur-interprète au spleen permanent Jean-Louis Murat, inspiré et habité par de fortes émotions, part en tournée. On le verra à Montréal au Club Soda, et utilisera les meilleurs moments sur scène pour lancer “Murastango”, un album live double, en 2000. Déjà, les morceaux sont transformés, ramollis, extrapolés. Ils sont vivants.

Deux ans plus tard, l’auteur-compositeur-interprète auvergnat publie une digne suite à “Mustango” avec “Le Moujik et sa femme”, un recueil de onze chansons où la guitare électrique a définitivement remplacé les claviers, dans un style de rock viscéral plus près de PJ Harvey (L’au-delà), une influence majeure dont il ne se cache pas. Murat a du mordant, même si sa belle voix grave demeure le centre d’attention.

Le talent mélodique de Jean-Louis Murat est immense. Sur des morceaux comme Foule Romaine, très près de ce font Calexico, ou la plus mélancolique L’amour qui passe, on ne peut pas s’empêcher de se laisser bercer, alors que de longs blues plus sombres comme Hombre et sa phrase “Il est dix heures à la porte du bonheur” hypnotisent, font entrer dans une transe qu’on retrouve régulièrement dans l’oeuvre de Murat. On pense à Nu dans la crevasse, entre autres.

 

Murat expérimente avec plus ou moins de bonheur, dont sur Baby Carni Bird, un autre morceau épique qui explose sur un harmonica distortionné, alors que le narrateur passe de Vienne au Montana, confrontant différents personnages, écrit en dialogues. Plusieurs chansons sont très denses musicalement parlant, et très mystérieuses au niveau des textes. C’est le cas de Ceux de Mycènes, qui évoque “l’amour d’une garce, à la source des pleurs, oh je mets le monde au défi, je ne rendrai pas la femelle.”

L’amour est toujours compliqué chez Murat. C’est souffrant, tendu. Le coeur est torturé. Sur Molly, sa Molly d’amour, on l’entend hurler son mal-être, alors que tout semblait bien aller au début de la chanson.

C’est le vent du soir qui monte au cœur et qui revient c’est la même histoire sur son humide parchemin
et vling l’amour descend l’amour est bien comme on le dit très belle façon vague souvenir de mélodies
Oh le corps s’éprend les corps s’éprennent finalement
oh Molly d’amour Oui l’amour descend je vois son plus simple appareil
oh Molly d’amour

Mais plus loin, ça devient…

Et vling v’là la déroute le bonheur qui nous fait du sang viens vulgaire amour que je t’étripe finalement
impossible chienne amour au corsage défait pourquoi courir le ciel il n’y a rien à en tirer
Oui la mort descend la mort est bien comme on le dit
oh Molly d’amour

“Le Moujik et sa femme” n’est pas, selon moi, le meilleur album de la riche carrière de Jean-Louis Murat, qui comporte de magnifiques joyaux, tels “Tristan” (2008), “Mustango” (1999) et le double “Lillith” (2003). Mais c’est un disque fort, intense, qui plonge au fond des noires émotions sans épargner les sensibilités (Le monde intérieur). Un album pour celui ou celle qui a envie de quitter tout, de brûler tout de son passé.

Habile poète, magnifique chanteur, il arrive à rendre l’émotion avec assez d’images pour que l’on puisse faire nos propres images, rattacher ses vers à nos propres histoires. N’est-ce pas là l’ultime talent du poète?

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JEAN-LOUIS MURAT
Le Moujik et sa femme
(Virgin France, 2002)

-Genre: chanson poétique et ambiante
-Dans le même esprit que Hayden, Lou Reed, Bashung, Benjamin Biolay

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.