Il y avait eu “Dolorès” en 1996, mais c’est vraiment avec l’album “Mustango”, paru le 26 août 1999 que l’auteur-compositeur-interprète et chanteur Jean-Louis Murat transforme sa carrière, jusque-là inégale. C’est avec cet album qu’il trouve le filon qui lui convient vraiment, et qui attire une horde de nouveaux auditeurs, et avec raison.

Dès Jim, le premier titre qui raconte la rencontre improbable d’amoureux, on est ailleurs. “Never on such a night, have lovers met” chantent les chœurs féminins, menés par Jennifer Charles du groupe Elysian Fields, balançant la voix grave, sensuelle et typiquement nonchalante de Murat. Si le flegme vocal, le spleen et la poésie voilée sont toujours présents, c’est la musique et l’enregistrement qui sont vraiment de qualité supérieure. Murat s’est entouré de la troupe américaine de Calexico, qui est même devenue une partie de l’inspiration du chanteur auvergnat, ainsi que de plusieurs ami américains (Marc Ribot, Eszter Balint…). Sur Jim comme sur Polly Jean (qui fait référence à PJ Harvey), le rythme est enlevant, alors qu’il “poursuit le galurin rouge sang” de PJ.

 

Chacune des chansons de “Mustango” est fascinante. Nu dans la crevasse est un intense blues dépassant les 10 minutes où l’orgue amène un angle un peu plus goth rock derrière les guitares sèches. On n’est d’ailleurs pas si loin des œuvres de Harvey (PJ, mais aussi Mick) et Nick Cave des mêmes années. À la différence que Murat est un mélancolique romantique, un peu comme un Morrissey français, aux textes élaborés et mystérieux. L’un des meilleurs de l’univers français avec Bashung (qui n’écrit pas ses textes) et Thiéfaine (qui n’était pas à son meilleur dans les mêmes années). Il s’affirme enfin pleinement, se laisse aller à ses envies musicales, à sa sombre poésie. Il va jusqu’au bout.

Deux titres accrochent l’oreille dès la première écoute, et charment sans hésitation: la mignonne comptine Au Mont Sans-Soucis, qui se termine avec des chants d’enfants, et la mythique Bang Bang, avec son refrain coup de poing “Bang Bang Bang, you shot my heart”, une perfection dans le genre. Elle aurait sa place dans un film de Tatantino!

“Mustango” est aussi l’album sur lequel Murat lâche enfin les claviers des premiers albums et joue davantage de guitare électrique, ce qu’il fait très bien, d’ailleurs, en misant sur le « less is more ». L’intensité est décuplée sur la pièce titre, Mustang, dénudée en format piano-voix. Un style qui va comme un gant à la magnifique voix de Murat, presque murmurée par moments.

Résédas mes amis
Sur papyrus chantés
Empoignez mon désir
Pour Anubis travaillez
Prenez pouls sur ma cuisse
Amie de proximité
Du classique au quantique
Voudriez-vous me jeter
Le fructose le glucose
Haut les cœurs
V’là la vie

Un album clé de la francophonie par un artiste trop souvent oublié, marginalisé par la presse de l’Hexagone, mais adoré par plusieurs poignées de fidèles qui se retrouvent dans ce spleen poétique, tristement amoureux (Bang Bang).

Dans les pages des Inrocks, Stéphane Deschamps avait très justement écrit : « Mustango ne ressemble pas à ceux qui l’ont fait. Il ressemble à un Murat qui se serait enfin trouvé, accompagné sur quelques hectares de jachère accueillante par des musiciens au service sûr et modeste d’une voix qui atteint des sommets d’érotisme cramoisi. »

Murat signera plusieurs excellents albums après “Mustango”, dont “Le moujik et sa femme” (2002), le double “Lillith”, en 2003, « Mockba » (2005) et le fabuleux “Tristan” de 2008. Une très belle lancée d’un artiste à son apogée. Un auteur majeur, un artiste immense. “Mustango” est l’album par lequel les néophytes peuvent entreprendre leur périple dans l’univers de Murat, alors que les autres peuvent s’y lover dans un terrain connu.

murat mustango

MURAT
Mustango
(Labels, 1999)

-Genre: sombre rock poétique
-Dans le même style que Mick Harvey, Calexico, Arthur H

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.