Julien Sagot, le percussionniste et bidouilleur sonore de Karkwa, fait paraître cette semaine « Valse 333 », son deuxième album solo. Plus de deux ans et demi après son premier opus (« Piano mal »), Sagot nous offre un disque très audacieux et recherché. À mille lieux du déjà-vu et du conformisme ambiant, « Valse 333 » n’en contient pas moins de très bons moments qui récompenseront les auditeurs qui y prêteront une oreille attentive.

Avec l’ingénieur du son Mathieu Parisien et le coréalisateur Antoine Binette-Mercier, Julien Sagot a construit un univers sonore mystérieux et aux ambiances très colorées. Ces sonorités ont été créées pour la plupart en électroacoustique, c’est-à-dire en utilisant des sons acoustiques et organiques qui sont ensuite traités électroniquement, à partir d’amplificateurs ou d’autres techniques de collage. Cela donne donc à l’album une personnalité forte, renforcée par la voix singulière de Sagot, qui fait penser entre autres à Serge Gainsbourg ou à Arthur H.

Malgré toute l’expérimentation qui résulte de ce processus, l’album est attrayant et s’écoute très bien d’un bout à l’autre. Certaines pièces sont plus accessibles que d’autres, dont la très entraînante et enveloppante Ficelle et la très rythmée Transsibérien (le réputé Robbie Kuster a collaboré aux percussions). L’excellente Maux de Mars est dominée par un obsédant motif de piano et d’envoûtantes textures électroniques. Détonnant avec le reste de l’album, la tendre et mélancolique Katheline est menée par une guitare acoustique.
Voici un court teaser de l’album. Ce dernier peut  être écouté en entier sur la page bandcamp de Sagot.

La très courte Saigon a une séduisante atmosphère orientale, alors que Les squelettes est plus menaçante, mais tout aussi fascinante. Au rythme quasi militaire, Docteur C est très planante et musicalement très riche. L’expérimentale Avion fait décoller l’album de manière angoissante, avec un texte énigmatique, puis enchaîne sur l’exaltante et intrigante Couleur jaune. À l’ambiance très grave et obscure, Fripper a un texte très métaphorique que Sagot livre de manière parlée.

« Valse 333 » est donc un album très original et aussi très différent du travail de l’ancien groupe de Sagot. Ce n’est sûrement pas ce disque qui lui permettra de devenir aussi populaire que son collègue Louis-Jean Cormier, mais il ravira plus d’un mélomane avec sa colossale recherche sonore. Cet opus a le mérite de nous sortir de notre zone de confort et d’oser aller là où peu d’artistes québécois vont.

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JULIEN SAGOT
Valse 333
(Simone Records, 2014)

-Genre : Électro-rock inventif

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JULIEN SAGOT nous sort de notre zone de confort
ORIGINALITÉ 90%
AUTHENTICITÉ 80%
ACCESSIBILITÉ 65%
DIRECTION ARTISTIQUE90%
QUALITÉ MUSICALE85%
textes80%
82%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.