Résidant à Québec depuis le milieu des années 2000, le Français Romain Malagnoux s’est rendu au Mali en 2009, histoire de s’imprégner de la riche culture musicale de ce pays de l’ouest du continent africain. Il y a rencontré par hasard Bassékou Kouyaté, griot et maître du djéli n’goni, petit instrument à cordes traditionnel malien, que plusieurs considèrent comme l’ancêtre du banjo. Invité à prendre le thé chez Bassékou, Romain a fait la connaissance de son fils Moustafa, lui aussi joueur de n’goni. La chimie musicale entre les deux hommes a été immédiate. Enregistré en 2011 à Bamako au studio de Salif Keita, l’album « Les frontières imaginaires » est paru en novembre 2013.

Les deux comparses ont pu compter sur l’apport de brillants instrumentistes. Bassékou Kouyaté y a participé, tout comme les chanteuses Amy et Diamy Sacko. Feu Kélétigui Diabaté y joue magistralement du balafon (sorte de xylophone africain). Le bassiste Marc Fournier et le violoniste et altiste Cye Wood ont aussi collaboré à cet opus. Hommage au père de Moustafa, la très dansante Bassékou ouvre l’album. Aux accents blues, Saro est aussi écrite en l’honneur d’un membre de la famille Kouyaté. La superbe Teriya est étonnante, alors qu’on entend Romain Malagnoux chanter en bambara. La lumineuse La paix est menée par un excellent jeu de n’goni.

À l’ambiance mystérieuse, Douga est une des quatre pièces instrumentales du disque, avec la magnifique Fanga, la bluesy Fiin Kouma et la mélodieuse Adja niai mousso. Sur la douce Tamala, où Romain chante en français, le balafon nous envoûte et nous transporte. Ce dernier interprète également dans la langue de Molière La ligne bleue, très belle ballade aux sensibilités folk occidentales, mais toujours imprégnée de l’ambiance musicale malienne. Le métissage est très bien réussi. Chantée en bambara, Québec est une autre agréable ballade. Un alto traité donne une atmosphère captivante à Diarabi, qui conclue l’album.
Cette vidéo de Fanga comprend des extraits d’un spectacle à Montréal, et des scènes filmées au Mali. L’album au complet peut être écouté sur leur page bandcamp.

Portant très bien son titre, « Les frontières imaginaires » alterne entre ballades plus subtiles et chansons dansantes et entre folk et blues malien. En nomination au dernier Gala de l’ADISQ dans la catégorie Album de l’année – Musiques du monde, ce disque est une belle réussite, authentique dans sa rencontre et dans sa fusion des styles et des sensibilités. Jamais on ne sent que Romain Malagnoux aurait tenté de récupérer le savoir-faire de ces musiciens maliens pour son propre bénéfice. Le temps d’un album, il a plutôt contribué à faire tomber ces frontières qui nous enferment.

moustafa kouyaté & romain malagnoux les frontières imaginaires
MOUSTAFA KOUYATÉ & ROMAIN MALAGNOUX
Les frontières imaginaires
(Disques Nuits d’Afrique, 2013)

-Genre : folk franco-malien
-Dans le même genre que Habib Koité, Bassékou Kouyaté et Rodrigo & Gabriela

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MOUSTAFA KOUYATÉ & ROMAIN MALAGNOUX : Les frontières tombent
ORIGINALITÉ 75%
AUTHENTICITÉ 90%
ACCESSIBILITÉ 80%
DIRECTION ARTISTIQUE85%
QUALITÉ MUSICALE90%
84%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.