J’étais assez étonné en écoutant les premières chansons du nouvel album de la méga star Lady Gaga « ARTPOP » (oui, ça s’écrit tout en majuscule, à la demande de l’auteure). La richesse de sa créativité m’a vivement frappé. Mais malheureusement, son 4e opus n’est pas que génial. Il comporte aussi des pièces ordinaires et prévisibles.

Dès les premières secondes de la pièce Aura, on est transportés par un rythme électro riche et intense, auquel des éléments audacieux ont été jumelés : guitares espagnoles acoustiques, voix robotisée, claviers délirants. Wow, me dis-je, la Gaga a vraiment décidé de mettre tout son talent musical en œuvre. Et ne doutez pas que la fille sait écrire de bonnes chansons. On le réalise clairement lorsqu’on entend des versions acoustiques de ses hymnes pop. Le fond est solide.

Aura est un habile mélange de plusieurs éléments complètement différents qui, curieusement, vont tous très bien ensemble, d’inspiration Amon Tobin. On tombe dans le mielleux au refrain, puis on se relance dans le drum and bass intense. Vraiment très bien fait! La pièce me rappelle le dynamique « Earthling » de David Bowie où les explosions de son surprenaient. Quel départ!

 

La chanson suivante, Venus, est une pièce faite pour la piste de danse. Refrain hyper accrocheur comme ses précédents hits avec grosse basse fuzz. Elle emprunte autant du territoire de Madonna que de Britney Spears mais la Gaga dispose d’une bien meilleure voix que ces deux starlettes et ses arrangements sont bien plus riches et travaillés que ce qu’on entend dans le top 40.

 

Une autre pièce forte suit, intitulée G.U.Y. (qu’elle décline en « Girl Under You »). Le sujet est beaucoup plus simple : le sexe. Le désir de la femme de contrôler la relation sexuelle. La chanson est plus directe, mais contient un certain groove qui plaira aux fans.

 

J’avoue avoir eu plus de difficultés à garder de l’intérêt pour les chansons suivantes. Sexxx Dreams est une chanson assez prévisible, dont le sujet est la masturbation. Gaga se sert davantage de sa petite voix pop et elle s’abaisse au niveau des autres chanteuses de ce style. On enchaîne avec Jewels N’Drugs qui débute avec un long rap mettant en vedette T.I., Too Short et Twista. La pièce reste ancrée dans le hip-hop avec claviers d’Halloween. Pas vraiment mon trip. Hop, à la suivante.

Manicure est une pièce plus rock dans le répertoire de Gaga qui y sort sa voix musclée dès le départ, ce qui est intéressant. Malheureusement, le refrain retombe assez vite dans la petite pop insipide parlant de manucure. Rien de bien transcendant ni surprenant ici, malgré un départ en force.

 

Suit le récent single de l’album, ce Do What You Want chanté en duo avec R. Kelly. Sur un rythme emprunté aux années 80, Gaga fait l’étalage de son talent vocal, pour ceux et celles qui douteraient encore des capacités de la New-yorkaise de 27 ans. Kelly y amène une touche soul pas mal intéressante. Ça colle. Le duo lève. On aime.

La pièce Artpop réveille mes sens avec une mélodie plus mélancolique sur une musique pop très inspirée des années 80. Le refrain est malheureusement un peu ordinaire, mais des vocalises en arrière-plan (à la Eurythmics) gardent l’oreille allumée. Le funk Swine met encore plus en vedette la solide voix rock de Lady Gaga, qui nage cette fois dans les eaux de Pat Benatar (au niveau vocal) alors que les claviers modernes redoublent d’efforts pour nous en mettre plein la vue, à la Black Eyed Peas.

 

Donatella est une pièce typique de Gaga avec une touche d’autodérision et un rythme dansant. Rien de bien original, tout comme la pièce Mary Jane Holland, un peu plus loin. Des morceaux construits pour être joués dans des arénas.

 

Gaga frappe fort avec le tube à saveur disco Fashion! qui n’a peut-être rien d’original, mais qui est presque aussi entraînant que les hits Blurred Lines et Get Lucky, de Robin Thicke et Daft Punk, respectivement, auxquels– tiens tiens – le chanteur à la voix claire Pharrell Williams participe.
Plusieurs DJ et producteurs d’avant-garde ont été invités à travailler avec Gaga : DJ White Shadow (qui a coécrit le premier single, Applause – une pièce malheureusement sans intérêt) et Fernando Garibay dès les premières maquettes en 2012, puis l’Allemand Zedd et le Français Madeon, dont on a pu entendre l’excellent set à Osheaga l’été dernier. Tout cela garde le son d’ARTPOP très moderne d’un bout à l’autre.

En fin d’album, Lady Gaga propose une chanson plus intime avec Dope, qu’elle chante passionnément en s’accompagnant au piano et à l’orgue. On y apprécie une auteure-compositrice-interprète authentique qui prouve hors de tout doute qu’elle peut avoir de la matière derrière tous ces coups de marketing et poses audacieuses dont elle nous fait grâce tous les mois (afin qu’on ne l’oublie pas).

LADY GAGA
ARTPOP
(Interscope, 2013)

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.