Le quintette néo-brunswickois Les Hôtesses d’Hilaire a fait paraître il y a quelques semaines son troisième album. « Touche-moi pas là » est plus audacieux et également plus politisé que ses deux premières offrandes. Jusqu’ici un sympathique groupe de party blues-rock garage, la bande à Serge Brideau se fait prédicatrice, avec des textes toujours drôles, mais beaucoup plus engagés. Si le résultat est quelque peu inégal, il ne faudrait pas non plus bouder notre plaisir devant cette musique décomplexée et assumée.

« Touche-moi pas là » s’ouvre avec la courte Intro, qui donne une idée du ton passionné et véhément du disque : « Mets-toi en danger. Vaut mieux vivre un jour de lion que cent jours de mouton ». Jouée à pleine allure, Machine à bière respecte l’édit précédent en nous balançant en pleine figure leur blues bien senti. Plus psychédélique mais toujours avec un bon groove, Regarde-moi est une des meilleures chansons du disque. Elle porte un regard caustique sur l’univers narcissique des réseaux sociaux. L’ambiance de l’excellente Fait faillite rappelle un peu Pink Foyd, avec des paroles toujours satiriques, mais qui s’attaquent cette fois à la surconsommation. Super Chiac Baby fait toujours dans l’ironie et la critique sociale, ciblant ici le Nouveau-Brunswick, « seule province officiellement bilingue du Canada anglais ».

Les cinq autres chansons de l’album (qui occupent en fait les deux tiers des 53 minutes) vont complètement ailleurs sur le plan de l’ambiance musicale. Faisant 10 minutes, C’est Glen qui l’a dit est un farfelu mais envoûtant monologue de Brideau, qui passe d’une histoire de steak cuit au micro-ondes à une dénonciation de l’apathie politique. La fin et Club Deauville sont aussi de longs monologues, la première au tempo lent, alors que la seconde est plus animée et contient de bons passages au saxophone.

Hilaire au Mexique est également une histoire racontée, qui met en scène le père de Brideau (c’est d’ailleurs lui qui figure, avec un ami, sur la pochette de l’album). On est finalement hypnotisé par l’orgue et un autre monologue dans l’excellente anti-chanson d’amour Donne-moi pas ton cœur. Dans une courte chanson cachée, Brideau pousse cette phrase plutôt drôle : « Un jour je vais être plus grand qu’Éric Lapointe ».

Si certaines chansons en deuxième moitié d’album peuvent devenir redondantes, ça n’enlève en rien l’exubérance et la fraîcheur de certains morceaux. La voix mordante et tranchante de Serge Brideau est très bien complémentée par l’aplomb des autres musiciens du groupe (Maxence Cormier, Mico Roy, Michel Vienneau et Léandre Bourgeois). La proposition musicale des Hôtesses d’Hilaire n’est pas particulièrement originale, mais la vigueur des textes donne une perspective actuelle. La performance de Serge Brideau y est pour beaucoup dans la dynamique du groupe. Dans les récents spectacles du groupe, Brideau a pris pour habitude d’enfiler un habit de prêtre : le rôle est assumé, le risque est pris. Souhaitons que le public suive le groupe dans cette aventure!

les hôtesses d'hilaire touche-moi pas là
LES HÔTESSES D’HILAIRE
Touche-moi pas là
(L-Abe, 2015)

-Genre : rock éclaté
-Un mélange entre Aut’ Chose, Offenbach, Pink Floyd et The Doors

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LES HÔTESSES D'HILAIRE se mettent en danger
ORIGINALITÉ 75%
AUTHENTICITÉ 85%
ACCESSIBILITÉ 75%
DIRECTION ARTISTIQUE80%
QUALITÉ MUSICALE85%
TEXTES 85%
81%Overall Score
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84%

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.