Le Brésil regorge de talents musicaux. Antõnio Carlos Jobim, Gilberto Gil, Caetano Veloso, Gil et Astrid Gilberto, Marisa Monte, Jorge Ben ou Milton Nascimento pour ne nommer que les plus célèbres. Depuis la période lounge, plusieurs nouveaux artistes des grandes villes brésiliennes se sont frayés un chemin jusqu’à nos oreilles nord-américaines, parfois via leur succès en France. Seu Jorge, Amon Tobin, Bebel Gilberto, CéU et Luísa Maita font partie de cette nouvelle génération qui prend la relève de leurs aînés.

Je ne sais pas si c’est la langue (le portugais) ou un trait du pays, mais très souvent, les chanteuses brésiliennes sont très sensuelles, même lorsqu’elles ne le font pas par exprès! L’une des plus populaires, CéU, est tout à fait charmante, comme on a pu le constater à la plus récente édition du Festival de Jazz cet été. Idem pour cette jolie brune de 34 ans originaire de Sao Paolo qui se nomme Luísa Maita et qui arrive avec son deuxième opus sous le bras, “Fio da memória”, paru sur étiquette Cumbancha, gage de qualité.

Si Maita chante elle aussi de façon très sensuelle, en murmurant souvent, sur la plupart de ses chansons, elle touche aussi à l’électro (Na Asa), ainsi qu’à une musique plutôt tribale, originale et doucement enivrante (Porão).

 

La musique sur cet album est plus originale que la moyenne de ce qu’on entend dans le style électro. Plus riche que la musique typique d’un pays. Luísa Maita offre ici une oeuvre beaucoup plus profonde qu’une simple carte postale. Sur la pièce titre, c’est un complexe mélange de styles, qui résulte en une ambiance plutôt sombre, presque inquiétante. Les oreilles sont sollicitées par une panoplie de sons fascinants, enivrants – encore une fois – qui font véritablement voyager l’esprit dans un carnaval noir. Plus loin, Volta regorge de guitares électriques distortionnées, ce qui est plutôt inhabituel chez les artistes sud-américains.

La jeune femme ne nous fait pas trop plonger dans de sombres univers non plus. Elle revient en douceur avec un doux jazz pop sur Musica Popular, susurré du bout des lèvres. Elle plonge encore plus dans des airs jazz sur la pièce suivante, Ela. Je suis vraiment épaté par la qualité des arrangements sur cet album et sur le jeu subtile et précis des musiciens qui l’entourent. Tout en délicatesse et avec la méticulosité de faire sonner chaque note, chaque coup sur la batterie ou laisser sonner une cymbale le temps voulu. La réalisation, signée Paulo Lepetit est un travail d’orfèvre particulièrement réussi. Maita n’a peut-être pas pondu de grandes mélodies mémorables ni de hits planétaires, mais son album est solide d’un bout à l’autre.

luisa maita 2016

Conçue de l’union d’un père compositeur et d’une mère réalisatrice, Luísa Maita a baigné dans la musique depuis son tout jeune âge, adorant la samba, la bossa-nova (dont elle adore la sensualité et ses moments de pauses), le jazz élégant de Billie Holiday et Chet Baker et la pop accrocheuse de Prince, Michael Jackson et Stevie Wonder. Elle grandit dans le quartier Bexiga, reconnu pour son bouillon de cultures: plusieurs immigrants italiens et arabes s’y sont installés.

Elle forme un premier groupe en 1999, Urbanda, à seulement 17 ans, mais c’est en 2006 que ses affaires décolleront davantage. La chanteuse Virgínia Rosa reprend deux de ses compositions et fait réaliser à la jeune Luísa tout son talent, et prend confiance. En 2009, une chanson qu’elle avait co-écrite est élue “Chanson de l’année” par le magazine Rolling Stone Brazil. Un premier album solo parait enfin en 2010, “Lero-Lero” qui la fait remarquer un peu partout en Amérique du Nord. Plus tôt cette année, elle fait partie de la vidéo promotionnelle des Jeux olympiques de Rio.

“Fio da memória” n’est pas un album dansant. Il est plutôt introspectif, il fait rêver. Un très agréable moment à passer.

Luisa Maita sera de passage à Montréal dans le cadre du festival POP Montréal, le 25 septembre prochain. Infos ici!

luisa maita 2016 flo da memoria

LUÍSA MAITA
Fio da memória
(Cumbancha, 2016)

-Genre: electro
-Dans le même esprit que CéU, Hindi Zahra

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.