Jean-Louis Murat poursuit son chemin à travers les chemins bucoliques de la chanson. Depuis des années, l’Auvergnat ne prend pas l’autoroute: il choisit les chemins de campagne et emmène qui le veut bien avec lui.

Ça donne un autre recueil de chanson qu’il faut prendre le temps d’écouter. Des morceaux comme Dans la direction du Crest semblent touffus de prime abord, mais se développent pour devenir grandioses. D’autres, plus accessibles, comme La chèvre alpestre (des titres champêtres, vous en conviendrez! Qui d’autre chante les chèvres et les montagnes?) sont plus simples, mais mettent tout de même le doigt sur le bobo : « Tu ne vas pas nous faire la tête… » sermonne-t-il.

Cette fois, sur ce 15e album en carrière, le guitariste à la voix grave et chaleureuse s’est entouré des musiciens folk rock du Delano Orchestra (de Clermont-Ferrand) pour mettre en musique son spleen poétique (« J’ai fréquenté la beauté / je n’en ai rien gardé »). Encore une fois, Murat se retrouve dans la peau du philosophe amoureux, qui tente d’analyser ou de dépeindre une situation sentimentale difficile. « Babel » n’est pas son album le plus accrocheur (par rapport à « Mustango » ou « Le Moujik et sa femme », par exemple) ni le plus intime (vs le très réussi « Tristan »).

Le voici en concert intime sur « Le Ring » de Deezer.

Il reste qu’avec ce genre d’album, on ne sait pas sur quel pied danser. Bien meilleur que la moyenne du rock francophone, mais moins attirant que ses précédentes œuvres, le fan ne peut s’empêcher de ressentir une petite déception sur certains morceaux. Peut-être y a-t-il trop de morceaux (20!) : si Murat s’en était tenu à une douzaine au lieu d’un ambitieux album double, il nous aurait épargné des maladresses telles Qu’est-ce que c’est au fond du cœur, où le phrasé est trop fortement appuyé par les cuivres.

Mais avec Murat, il faut toujours se méfier. Parfois, c’est après une dizaine d’écoutes que ses albums se logent pour de bon dans nos esprits et prennent une tout autre dimension. C’était le cas du magnifique « Tristan », et du double « Lillith », qui, lui, avait le mérite de contenir plusieurs titres accrocheurs qui rendaient les premières écoutes plus addictives.

Ce qui est assez déroutant avec les premiers morceaux de « Babel » est le style musical qui change sans cesse. On passe aux inspirations folk avec cuivres sauce Stax (qui reviennent souvent tout au long de l’album, gracieuseté des musiciens du Delano Orchestra, collaborateurs majeurs sur cet album) de Vallée des merveilles (où tétine rime avec divine…) au beat box de mauvaise qualité sur Le jour se lève sur Chamablanc, qui, autrement serait un morceau intéressant. C’est assez brutal comme virages, d’un morceau à l’autre.

Il avoue que ses textes sont souvent des références sexuelles. Le plus récent clip, Blues du cygne, confirme.

À travers tous ces morceaux, des perles comme Col de Diane ou Chagrin violette dont seul Murat a le secret. Des titres où les cuivres appuient subtilement un beau violoncelle qui vient compléter la grave voix typique du vétéran de la chanson française, maintenant âgé de 60 ans. Un peu comme sur « Tristan », Col de Diane est une fable aux références médiévales que nous chante Murat. Il s’élève alors aux côtés d’un Leonard Cohen.

Il explique sa démarche paysanne dans cette récente entrevue en décembre dernier.

La guitare acoustique de Murat est plus blues « roots » que jamais. Des morceaux comme Neige et pluie au Sancy et la tragique Noyade au Chambon utilisent des riffs vieux comme le blues. Plus loin, cette même guitare sert à de jolies ballades, comme Tout m’attire ou Long John. La longue et langoureuse Frelons d’Asie est plus typique du répertoire de Murat. Le Chant Soviet est épuré : une contrebasse, une trompette, de très légères percussions et deux pistes de voix par Murat.

« Babel » est probablement l’album le plus « régional » de la carrière de Jean-Louis Murat parmi ses 15 (sans parler des live et des collaborations) réalisés depuis le début de sa carrière, en 1981. On le savait très attaché à son Auvergne et sa campagne (il est natif de La Bourboule, population 1891 habitants). Un peu sauvage, un peu rustre. Plus que jamais, le décor fait partie du sujet.

JEAN-LOUIS MURAT
Babel
(Play It Again Sam, 2014)

-Genre : chanson française campagnarde
-Dans le même trip que Miossec, CharlÉlie Couture, Wilco, Hubert Félix Thiéfaine

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.