Il vaut mieux prévenir les puristes de prime abord : « The Chopin Project » n’est pas du Chopin standard. Avec cet album, le compositeur islandais Ólafur Arnalds et la pianiste allemande d’origine japonaise Alice Sara Ott ont voulu nous faire découvrir Chopin sous un nouveau jour. N’ayant pas peur des imperfections, Arnalds et Ott présentent une relecture des compositions du pianiste romantique polonais. Arnalds a eu l’idée de composer des pièces en s’inspirant d’éléments mélodiques des œuvres de Chopin. Il a aussi ajouté un quintette à cordes à ses compositions, ce qui peut d’autant plus dérouter l’auditeur. Mais c’est pour le mieux.

Décédé de la tuberculose en 1849, à l’âge de 39 ans, Frédéric Chopin est certainement l’un des compositeurs et des pianistes les plus adulés dans l’histoire de la musique. Les pièces de ce virtuose sont charmantes à plus d’un égard, mais toujours dans une optique de simplicité et d’exploitation complète des possibilités du piano. De son côté, Ólafur Arnalds a été autrefois batteur pour divers groupes de metal et de hardcore. Il s’est récemment fait connaître pour sa musique instrumentale et ses trames sonores, entre autres pour la série britannique Broadchurch. Arnalds est un grand amateur de la musique de Chopin, mais était lassé du côté stérile de certaines interprétations. Il s’est donc donné comme défi de présenter Chopin sous un nouvel angle.

C’est avec la pianiste de formation classique Alice Sara Ott qu’il a mis sur pied « The Chopin Project ». Ott jouit d’une excellente réputation dans le monde de la musique classique, elle qui est signée avec la prestigieuse maison de disques allemande Deutsche Grammophon. Elle connaît également bien le compositeur polonais, ayant fait paraître une intégrale des Valses de Chopin en 2010. Ce disque-ci n’est toutefois pas du Chopin comme on est habitués de l’entendre. La première pièce du disque, Verses, est une composition d’Arnalds inspirée d’un thème du Largo de la Sonate pour piano no. 3 de Chopin. C’est toutefois un quintette à cordes qui joue cette magnifique pièce, et non un piano. L’idée est intéressante et surprenante, dans la mesure où Chopin a lui-même peu écrit pour les cordes en musique de chambre, à part un Trio pour violon, violoncelle et piano et trois œuvres pour violoncelle et piano.
Voici une sélection de chansons de l’album.

La deuxième piste du disque nous remet en territoire familier, avec Ott qui interprète le Largo mentionné ci-dessus. Le jeu est délicat et installe parfaitement l’ambiance rêveuse et mélancolique. Le Nocturne en Do dièse mineur suit, et ici Arnalds réinvente cette populaire pièce, qu’on a pu entendre entre autres dans le film Le Pianiste. Le piano débute seul, mais un violon seul prend rapidement sa place. Ce superbe Nocturne est enchaîné directement avec la très belle Reminiscence, composée par Arnalds et dans laquelle le piano rejoint les cordes. Alice Sara Ott nous livre ensuite le Nocturne en Sol mineur. La prise de son est très particulière : on entend au loin une conversation, en plus d’autres subtils effets sonores. Le phrasé élégant de la pianiste retient toujours l’attention.

Ólafur Arnalds combine ensuite une de ses compositions, Eyes Shut (pour cordes et effets de synthétiseur), avec le Nocturne en Do mineur, joué au piano et auquel les cordes se mélangent plus loin. Ce Nocturne est sûrement une des plus belles œuvres pour piano de Chopin, à la fois dramatique, bouleversante et touchante. Ott le rend très bien, et on peut même entendre ses respirations. L’élégante Written In Stone est pour quintette à cordes, alors que Letters Of A Traveller voit un piano préparé rejoindre les cordes. L’album se conclue avec le superbe Prélude en Ré bémol majeur, connu sous le titre « Gouttes de pluie ». Mélancolique mais très charmant, ce Prélude, proche d’un nocturne, est joué de très belle manière.

« The Chopin Project » ne plaira peut-être pas aux puristes, mais demeure très intéressant et pertinent. Les idées musicales et les compositions d’Ólafur Arnalds sont dans l’esprit de Chopin et ne dénaturent aucunement l’œuvre de ce grand pianiste. Au contraire, l’improvisation, et par là la transformation constante, étaient au cœur de l’approche de Frédéric Chopin, comme l’ont souligné nombre de ses contemporains. Sur l’album, les textures sonores varient beaucoup, créant des effets différents d’une pièce à l’autre, mais toujours on retrouve cette ambiance rêveuse et ce sentiment d’isolement et de solitude. Visant en quelque sorte à démocratiser et à moderniser la musique classique, cette approche, pas très loin de celle d’un Chilly Gonzales, est louable. Dans tous les cas, ce disque est magnifique et mérite d’être écouté.

Olafur-Arnalds-Alice-Sara-Ott-The-Chopin-Project
ÓLAFUR ARNALDS & ALICE SARA OTT
The Chopin Project
(Mercury Classics, 2015)

-Genre : classique, époque romantique; musique pour piano et cordes

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ÓLAFUR ARNALDS et ALICE SARA OTT réinventent Chopin
ORIGINALITÉ 85%
AUTHENTICITÉ 90%
ACCESSIBILITÉ 75%
DIRECTION ARTISTIQUE90%
QUALITÉ MUSICALE90%
86%Overall Score
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62%

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.