Tout concorde à faire de La Bohème, présentée cette semaine à l’Opéra de Québec, une production satisfaisante et émouvante à souhait : décors classiques, magnifiques costumes d’époque, mise en scène efficace et surtout, distribution de chanteurs en pleine possession de leurs moyens.

Ces chanteurs, ce sont de jeunes Québécois et Canadiens d’une génération née sous une bonne étoile qui foulent les planches des maisons d’opéra d’ici et d’ailleurs depuis quelques années. Certains d’entre eux sont des anciens de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal. On retrouve Marianne Fiset (Mimi), Antoine Bélanger (Rodolfo), Philippe Addis (Marcello) et Hélène Guilmette (Musetta) dans les rôles principaux. On compte aussi sur la présence d’Hugo Laporte, lauréat du Concours OSM Standard Life 2014 et d’Alexander Savtchenko dans les rôles de Schaunard et Colline, tandis que le baryton-basse Robert Huard, toujours truculent, apparaît dans la peau de deux personnages, Benoît le propriétaire, et Alcindoro, l’amant bourgeois éconduit.

Marianne Fiset et Antoine Bélanger

Marianne Fiset et Antoine Bélanger (photo : Louise Leblanc)

Au fil des ans, bien des metteurs en scène ont tenté des relectures de La Bohème en situant l’action dans d’autres lieux ou d’autres époques que le Paris des années 1830, avec des résultats plus ou moins heureux. Nul besoin d’être transporté dans un ghetto du Bronx pour s’identifier à ces personnages d’artistes fauchés aux amours orageuses. Le metteur en scène Jacques Leblanc a donc jugé inutile, ici, d’essayer de réinventer la roue. À quoi bon en faire trop quand la musique est géniale ? L’œuvre de Puccini parle d’elle-même et c’est l’une des plus émouvantes du répertoire opératique. Elle est merveilleusement servie par les interprètes dans cette production touchante qui tire les larmes du spectateur aux bons endroits, en particulier dans le premier acte, très réussi.

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Hugo Laporte, Alexander Savtchenko, Robert Huard, Hélène Guilmette et Phillip Addis (photo Louise Leblanc)

Antoine Bélanger et Marianne Fiset ont déjà fait ensemble les amoureux de La Bohème à l’Opéra de Montréal, en 2011. À l’époque, la prestation du ténor avait démontré qu’il n’était pas prêt à se voir confier le rôle, d’autant plus qu’il était mal servi par l’acoustique affreuse de la salle Wilfrid-Pelletier. Il s’en tire mieux cette fois, non seulement grâce à une salle plus petite mais parce qu’il s’est véritablement développé comme chanteur. Il peine toutefois ici et là à se faire entendre par-dessus l’orchestre. Sur le plan vocal, c’est le baryton canadien Philip Addis qui impressionne le plus dans les rôles masculins par sa puissance vocale, la beauté de son timbre et la crédibilité de son jeu scénique. Chez les dames, tant Marianne Fiset qu’Hélène Guilmette, sont à leur meilleur.

L’Orchestre symphonique de Québec, dirigé par Giuseppe Pietraroia, remplit son rôle avec brio, ajoutant richesse et couleurs romantique à cette histoire d’amour tragique.

Il reste encore des billets pour la dernière représentation demain soir, 21 mai, 19 h, salle Louis-Fréchette du Grand-Théâtre de Québec.

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Caroline Rodgers
Blogueuse - RREVERB

Caroline a été foudroyée par la musique à l’âge de quatre ans en regardant un pianiste jouer dans un mariage. Par la suite, elle a consacré des années à apprendre cet instrument mais son talent sur le clavier aux touches noires et blanches étant limité, elle s’est tournée vers le clavier d’ordinateur en devenant journaliste. Si les classiques intemporels des grands compositeurs la font vibrer, elle n’est pas pour autant insensible aux charmes de la chanson francophone, du rock, du trad, du folk et leurs multiples déclinaisons.