D’entrée de jeu, il faut dire que les membres d’Orcas nous ont préparé sur « Yearling » une fresque extrêmement placide et hypnotique. Et si les textures présentées sont loin d’être soporifiques, l’auditeur se doit d’être dans un état assez décontracté afin d’arriver à apprécier pleinement l’ouvrage. En effet, celui-ci n’est, pour ainsi dire, qu’à quelques pas de l’expérimentation pure offerte par le style « ambient ». La table y est mise illico et on nous sert en guise d’introduction une pièce instrumentale avec au centre la résonance d’une turbine d’avion sous nappes de claviers.

Pour leur deuxième album, le duo composé de Benoît Pioulard et de Rafael Anton Irisarri s’est offert la doctrine de Martyn Heyne (Efterklang) pour la guitare et le piano et la dextérité de Michael Lerner (Telekinesis) pour la batterie. Ce sont ainsi, à mon avis, les pièces arborant une forme plus organique, voire même pop (section rythmique et instrumentation plus standard) qui ressortent du lot. Cependant, entre ces moments forts, l’album est ensemencé de morceaux aux airs d’interludes reproduisant malheureusement une certaine formule répétitive: guitares aériennes, bruit blanc et couches de synthétiseurs analogues. Ces pièces sont sur « Yearling » un peu plus ternes que les improvisions puissantes du premier album éponyme du groupe.

Il faut donc franchir les quelques couches de frimas des pièces ambiantes avant de pouvoir déloger les joyaux pop dissimulés dans le lot. Car si les quelques trames éthérées servies ici et là se ressemblent, les morceaux plus classiques sont ravissants et originaux; On croirait entendre par moments, un Nick Drake propulsé dans un futur glacial qui s’intéresserait dans son laboratoire secret à la musique concrète.

Avec des harmonies sombres qui ne sont pas sans rappeler vaguement Joy Division et un lot de guitares plus présent, la pièce Infinite Stillness m’a particulièrement plu. Filament, avec ses semblants de marche funèbre d’un film de science-fiction imaginé, nous berce dans le néant par une voix inondée de réverbération. Distorsions, cuivres, élans de guitare acoustiques et de piano sont ici pilotés admirablement sur l’ensemble de l’album.

Mais si le disque me captive, au final, j’aimerais voir Orcas trancher plus nettement entre l’électronique et la pop; Ainsi soit s’appuyer plus sur les voix et les guitares éthérées (non loin d’un son ayant fait le succès des artistes de la maison 4AD) ou sur de l’électro plus obscur et capitonné encore (dans des eaux que pourraient visiter les Boards of Canada de ce monde). Mais, de toute évidence et qu’à cela ne tienne, c’est à un art consistant que nous avons affaire ici.

C’est un enregistrement que je garderai tout près pour les moments d’introspection paisible avec ses strates sonores austères qui enrobent tranquillement l’âme.

Orcas - Yearling

ORCAS
Yearling
(Morr Music, 2014)

-Genre : Pop ambiant, abstrait et brumeux
-Des échos de Air, Taylor Deupree, Tycho.

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ORCAS, l'éloge de la contemplation
Originalité80%
Authenticité80%
Accessibilité60%
Direction artistique65%
Qualité musicale 85%
Textes 70%
73%Overall Score
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Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L'écoute d'un disque est un instant privilégié de rencontre avec l'essence même d'un créateur. Maelstrom de sons, myriades d'émotions et petits morceaux d'âmes à l'état brut. Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n'a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.