Osheaga, c’est toujours l’occasion de revoir des amis, entretenir son réseau, attraper un coup de soleil et en profiter pour finir d’user la paire de souliers qu’on s’était juré de jeter cette année. À cela s’ajoutent aussi… des spectacles. Beaucoup de spectacles. Et si la programmation 2016 du désormais incontournable festival (présenté à guichet fermé pour une quatrième année consécutive) n’était pas la plus forte, elle ne manquait quand même pas de bons moments à souligner.

Wolf Parade au Théâtre Corona 

Bien que techniquement la performance présentée le vendredi après-midi était celle liée au festival, le spectacle présenté à minuit au Théâtre Corona faisait aussi partie des évènements entourant le festival. Un autre rendez-vous complet, mais aussi et surtout un groupe inspiré qui renouait enfin avec son public dans un contexte qui l’a jadis vu naitre. C’était donc un cercle complet pour les fans qui, comme moi, ont pu les découvrir dans ce même théâtre en première partie de Arcade Fire il y a maintenant onze (!) ans. Les « Dears Sons and Daughters of Hungry Ghosts », « I’ll Believe In Anything » ou encore « What Did My Lover Say? » jouées en pm étaient soudainement plus assumées, plus énergiques. Spencer suait toujours autant, Dan avait toujours les meilleures postures rock et puis le groupe continuait encore et encore, osant étirer jusqu’à près de deux heures ce spectacle qui a presque traversé la nuit. On pensait bien que c’était terminé avec la plus épique version de « Kissing The Beehive » à ce jour, mais ils se sont plu à nous livrer la trop rare « Dinner Bells » en clôture. La parfaite conclusion pour rentrer se mettre au lit, non sans passer 50 minutes à tenter de trouver un taxi à cette heure.

Spencer Krug (Wolf Parade) au Théâtre Corona. (crédit photo: Karl-Philip M. G.)

Spencer Krug (Wolf Parade) au Théâtre Corona. (crédit photo: Karl-Philip M. G.)

The Arcs 

Rien de si excitant à l’idée de retrouver Dan Auerbach à Osheaga (les Black Keys sont des abonnés et prévoient probablement leurs vacances annuelles en conséquence à ce point-ci), mais ce fût une belle surprise de voir l’ampleur de son nouveau projet sur scène, de choristes à deux drums en passant par un clavier bien explicite. Toujours en voix, un peu moins en solos (et un peu plus rond), le groupe a offert la parfaite trame sonore d’un après-midi d’été bien entouré. À (ré)écouter. Seul bémol, tel que parfaitement souligné par mon ami Ben qui m’accompagnait: ce n’est pas en se réinventant avec un groupe ayant cette constituante que Auerbach parviendra à calmer les éternelles accusations d’être une copie de Jack White, ce dernier ayant pris très exactement le même parcours « live » il y a deux ans…

The Last Shadow Puppets 

C’était définitivement l’année des « side projects » des grandes vedettes rock, et on retrouvait donc tout juste après The Arcs la présence de The Last Shadow Puppets, « super » groupe formé de Alex Turner (Arctic Monkeys), vêtu de son meilleur costume de cowboy, et Miles Kane (The Rascals), plutôt… non vêtu, ou à tout de moins d’une simple robe de chambre bien ouverte. Réapparu cette année après une pause de sept ans, le groupe a lui aussi mis le paquet sur scène: section de cordes, chœurs et claviers. Mais ce sont tout de même les deux frontman qui donnaient le spectacle, avec toute l’attitude dont ils sont capables (et ils en ont à revendre). Si les pièces finissent par s’entre mêler et les vocalises se ressembler, la foule a tout de même su apprécier leur présence jusqu’à la toute fin et fut récompensée par l’excellente envolée de « Miracle Aligner » et « In My Room », mais surtout une inattendue reprise de « Is This What You Wanted » de Leonard Cohen. Presque une note parfaite (je sais, je suis difficile).

Todd Terge & The Olsens

Ce même Ben n’avait que des bons mots pour me convaincre d’être au rendez-vous pour Todd Terje, utilisant même les excellents visuels de ses albums pour mettre toute la pression. Le rendez-vous fut à la hauteur, le DJ étant accompagné de son clavier, deux percussionnistes et un multi-instrumentiste aussi habile avec la basse que… la flûte traversière. Tout ceci n’aurait néanmoins probablement pas eu le même impact sans les deux indispensables palmiers sur scène, parfaite représentation d’un son qui a su mettre la fête sur la scène Piknic Électronik au moment où nous avions le plus besoin d’énergie, sous la pluie de feux d’artifice.

Seul handicap, parlant de pluie: cette idée d’un ridicule absolu d’arroser la foule à un moment où le soleil était couché depuis des heures, mais surtout où nous étions enfin secs et reposés. Désagréable et injustifié.

et puis… Radiohead 

Que dire de plus? Le groupe était attendu et a su livrer, commençant près de 30 minutes plus tôt pour pallier à l’annulation de Disclosure, victimes des délais de vols (headliners, they’re just like us!).

Le public montréalais, bien compact et parfois trop bavard, a donc été récompensé par un setlist de 24 chansons (!), qui a fait de la place à tous les albums, sauf The Bends, « Street Spirit (Fade Out) » prévue au deuxième rappel ayant été écartée à la toute dernière minute pour faire place à « Creep ». Une première en sol canadien depuis 1997, rien de moins. Un cadeau inespéré et apprécié, à en juger par la réaction monstrueuse de la foule qui venait pourtant de dépenser beaucoup d’énergie pour s’époumoner en entonnant la finale de « Karma Police » à l’unisson. Plus grand frisson de la soirée, et il en fallait pourtant beaucoup pour suivre « Let Down » et « Exit Music (For a Film) ». Tiens, pleurez un peu:

Bémol, en plus de la foule parfois un peu trop désintéressée: ce fut difficile de pleinement se laisser emporter par la perfo, le son étant dangereusement diminué après 21h pour ne pas trop embêter une banlieue voisine dont nous tairons le nom. On avait donc parfois l’impression d’être en train d’écouter un album qui joue dans la pièce voisine, dans laquelle on aurait oublié d’allumer le « subwoofer ». Ce fut particulièrement apparent pour l’incontournable doublé « Everything in it’s Right Place »/« Idiotheque », qui perdait particulièrement de sa force de frappe. N’empêche, on rentre comblé en prenant la longue marche sur le pont pour décanter et se remettre d’un long week-end qui aurait difficilement pu se conclure sur une meilleure note.

Bonus: Half Moon Run

J’ai encore essayé. J’ai vraiment, mais vraiment essayé. Rien à faire. Au moins maintenant je peux me permettre de juger objectivement en pleine connaissance de cause.

Un dernier au revoir au Parc Jean-Drapeau et à Osheaga. À l'an prochain! (Crédit photo: Karl-Philip M. G.)

Un dernier au revoir au Parc Jean-Drapeau et à Osheaga. À l’an prochain! (Crédit photo: Karl-Philip M. G.)

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Karl-Philip Marchand Giguère

Obsessif compulsif qui classe ses albums d’abord en ordre alphabétique d’artistes, puis de parutions (avec les simples sous les albums, question de confondre encore davantage les gens qui le visitent), Karl-Philip oeuvre dans l’industrie depuis plus d’une décennie. Il a touché à tout: maisons de disques, gestion de salles de spectacle et rédaction professionnelle pour de nombreux artistes. Il assiste à de nombreux shows lorsqu’il n’est pas désespérément en train d’essayer de faire de la place dans sa bibliothèque musicale.