L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) se produisait ce jeudi soir à la Maison symphonique. C’était la deuxième représentation d’un programme luxuriant, auquel figurait des œuvres de Bedřich Smetana et d’Antonín Dvořák, de même qu’un concerto pour violon de Wolfgang Amadeus Mozart. Le violoniste et chef d’orchestre israélo-danois Nikolaj Znaider dirigeait l’OSM et était soliste dans ce superbe spectacle qui a plus que répondu aux attentes.

Le Concerto pour violon no. 1 est le moins connu des cinq qu’a consacré Mozart à cet instrument, mais il n’en est pas moins une œuvre digne du talent mozartien. Le génie précoce de l’enfant prodige est manifeste, puisque ce Concerto a été composé alors que Mozart n’avait que 17 ans, soit en 1773. Beaucoup moins tourmenté que certaines de ses œuvres tardives (le deuxième mouvement a tout de même une ambiance mélancolique), ce Concerto est ancré dans le style galant caractéristique de l’époque dite « classique ». Généralement enjoué et inventif, il a été interprété avec justesse et précision par Znaider, qui était à la fois chef et soliste, dirigeant et jouant en alternance. Znaider était capable de finesse et de précision, mais également de virtuosité. Bref, une belle prestation.

Bedřich Smetana s’est imposé comme une figure marquante et un pionnier de la musique tchèque. Il est né en 1824 et a connu une célébrité internationale au cours de sa vie, qui le consacrera comme fondateur de l’École tchèque. Romantique dans l’âme, sa musique reflète l’amour de sa patrie, à laquelle il est resté loyal malgré ses influences françaises, mais surtout germaniques. Composé de 1874 à 1879, le cycle symphonique Ma Vlast (« Ma Patrie ») est son œuvre la plus connue en dehors de son pays. L’OSM interprétait l’extrait le plus joué, La Moldau, évoquant la rivière qui traverse Prague, la Vltava. Un transcendant motif à la flûte se fait entendre au début, suivi par la clarinette et les cordes, très riches et expressives. Les thèmes sont majestueux, imagés et évocateurs, et sont joués avec passion et justesse.

Autre figure marquante de la musique tchèque, Dvořák a atteint une popularité autrement plus importante que celle de Smetana. Il est l’un des compositeurs marquants de l’époque romantique, avec un don mélodique imparable, doué autant en musique symphonique qu’en musique de chambre. Le Tchèque était âgé de 43 ans lorsqu’il a terminé sa Symphonie no. 7, en 1885. Septième des neuf symphonies qu’il a composées, cette œuvre a un caractère austère, sombre et grave. Malgré tout, la Symphonie est nuancée et ne manque pas de moments forts. Le troisième mouvement est un envoûtant et dansant Scherzo, alors que le mouvement lent est plus paisible et serein. Soulignons le jeu des vents dans ce dernier, et celui des cuivres dans le finale. Dirigeant de mémoire, Znaider est énergique et alerte, insufflant beaucoup d’intensité et de passion à l’Orchestre.

Mêlant romantisme et classicisme, ce programme était certes centré sur les compositeurs tchèques. Mais il ne faudrait toutefois pas oublier que Mozart, souvent incompris à son époque en raison de son audace et de sa témérité, a été acclamé à Prague. Dans cette ville de culture, il était reconnu à sa juste valeur, comme on le reconnaît aujourd’hui, comme un génie. Znaider et l’OSM ont fait ressortir toute la valeur de cette musique, et également celle de deux grands compositeurs tchèques. Chapeau!

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Benoit Bergeron
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.