Dans l’ère numérique d’aujourd’hui, c’est très rare qu’un artiste sorte deux albums en deux ans. Et encore plus rare que les deux soient bons! C’est pourtant ce qu’a accompli Philémon Cimon. Après l’excellent « L’été », Philémon revient ces jours-ci avec « Des femmes comme des montagnes ». Si ce nouvel opus s’inscrit dans la continuité du précédent, il vient également clore un cycle créatif, amorcé il y a 6 ans avec « Les sessions cubaines » (parues sous le nom de Philémon Chante). Cimon et ses musiciens sont en effet retournés enregistrer à Cuba, au studio Areito 101 de l’Egrem. Le résultat est très convaincant, et Philémon Cimon livre son meilleur album en carrière, montrant par là une belle évolution.

C’est donc en mai dernier que Philémon Cimon est parti pour La Havane, entouré de son groupe, baptisé « Conjuto chante » pour l’occasion. La liste des participants est semblable au dernier album : le guitariste Nicolas Basque, de Plants & Animals, le batteur David Payant, le pianiste Papacho (cousin de Philémon) et le bassiste Philippe Brault, qui a également été coréalisateur, mixeur et preneur de son. Le duo Brault-Cimon, qui collabore depuis plusieurs années, est vraiment en train de développer une fructueuse chimie. Des arrangements de cuivres et de cordes ont été ajoutés plus tard à Cuba, et aussi à Montréal (notamment avec la participation de l’excellent Guido del Fabbro).

On savait que Philémon avait une bonne culture musicale, et sur « Des femmes comme des montagnes », il assume ses influences « rétro », sans l’aspect poussiéreux que cela peut parfois impliquer. Les années 50 et 60 semblent particulièrement l’inspirer, comme sur la pièce qui ouvre l’album, l’excellente Je t’ai jeté un sort, qui emprunte l’ambiance d’un morceau de Doris Troy. Ailleurs, sur la subtile Des morts et des autos, c’est le Elvis de l’époque Sun Records qui nous vient à l’oreille. Quelques segments mélodiques de la bondissante Toi jeune fille rappellent clairement Here Comes The Sun, des Beatles. Venant d’un auteur-compositeur avec moins de ressources et de confiance, on pourrait s’offusquer de ces emprunts, mais Philémon est capable de contrebalancer ces références avec sa personnalité et ses interprétations singulières. Seul bémol, Philémon semble se copier lui-même sur la délicate Sur la ville, qui ressemble un peu trop à La mort des amoureux, parue sur « L’été ».

Voici une captation live d’une pièce du disque, qui peut d’ailleurs être écouté en entier sur la page bandcamp de Philémon Cimon.

Sinon, une pièce en particulier se démarque, notamment par la qualité sonore. La magnifique La musique a de planants et envoûtants arrangements de cordes. Le motif de guitare est très efficace, tout comme le solo de guitare de Nicolas Basque. Captivante et irrésistible, la partie de piano est sans doute l’élément le plus saisissant de la pièce. En prime, il y a une voix féminine qui apporte quelque chose de très intéressant. Musicalement, Ève est aussi géniale, avec la voix de Philémon qui semble venir d’ailleurs, chantant un texte ambigu portant sur l’inceste (et se permettant même un cri bien senti à la toute fin). Encore une fois, les arrangements de cordes, écrits par Guido del Fabbro, sont sublimes. Cette pièce sera sûrement au programme lors de la supplémentaire du spectacle de Philémon avec le Quatuor Molinari au Cinéma l’Amour, le 30 octobre prochain.

Pour ce qui est des textes, le titre de l’album résume bien le propos des chansons : Philémon Cimon se sert de cette métaphore tirée de Don Quichotte pour traiter des difficultés des relations hommes-femmes. Ce thème est vieux comme le monde et a déjà figuré abondamment dans les deux premiers disques, mais Philémon trouve une manière originale d’en parler, surtout de l’amour qui fait mal, comme sur Démon crié : « J’t’ai aimée bien saoulé sur un trottoir la nuit. Mais je n’ai jamais été dormir dans ton lit. Et j’ai crié ».

Philémon à Paris

Philémon à Paris

Les plaisirs charnels sont toujours dans l’horizon du parolier, tel que sur la décontractée Ces montagnes : « Toi, Femme imaginaire idéale, Magie extralunaire. Mais comme il est long le chemin de misère pour se rendre à ta chair ». La très jolie Comme une fontaine contient sûrement le plus beau texte du disque, avec des phrases comme celle-ci : « J’étais heureux, Enfin heureux, Toujours heureux, Et on ne s’embrassait plus, On embrassait le ciel. Et dans tes bras j’étais bien, Comme si c’était la première fois ». Certains trouveront peut-être les textes un peu trop naïfs, voire maladroits, mais c’est justement ce qui fait le charme de ce groupe de chansons et le distingue de tout ce qui se fait ailleurs.

Bien entouré et toujours très inspiré, Philémon Cimon a réussi à capturer un autre moment musical très fort et condensé, avec ces cinq jours passés à Cuba. Ce n’est peut-être pas avec cet album qu’il convaincra les sceptiques (ou le grand public), mais « Des femmes comme des montagnes » lui permettra sans aucun doute de consolider sa base de supporteurs toujours plus grande. Diversifié et créatif, cet opus est un des très bons albums québécois de 2015, alors que Philémon Cimon s’affirme de plus en plus comme un artiste incontournable. Il sera maintenant intéressant d’entendre où son prochain cycle créatif le mènera!

philémon cimon des femmes comme des montagnes
PHILÉMON CIMON
Des femmes comme des montagnes
(Audiogram, 2015)

-Genre : folk-rock
-Dans le même genre que Avec pas d’casque, Jimmy Hunt, Philippe B

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PHILÉMON CIMON : La fin d'un cycle créatif
ORIGINALITÉ 75%
AUTHENTICITÉ 90%
ACCESSIBILITÉ 80%
DIRECTION ARTISTIQUE90%
QUALITÉ MUSICALE85%
TEXTES 90%
85%Overall Score
Reader Rating: (1 Vote)
92%

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.