Mon confrère Karl-Philip Marchand Giguère le titrait dans son article pré-festival : POP Montréal est un véritable marathon! Avec plus de 300 artistes en seulement 5 soirs, c’est une véritable jungle d’artistes indépendants (ou sur de petits labels) dans laquelle il faut explorer, décortiquer puis choisir son parcours à travers les nombreuses salles de la ville où jouent tous ses groupes.

Comme chaque concert ne dure qu’une heure, il faut aussi calculer le temps de déplacement entre les différents concerts pour s’assurer de ne pas manquer le début ou la fin de façon trop importante, et que ça ne vaille plus la peine! Mais en s’organisant bien, et avec une mobylette ou en vélo, un vrai fan de musique indie rock peut voir jusqu’à cinq ou six concerts par soir. Il faut plonger dans POP en sachant qu’on ne verra même pas 10 % des concerts au programme. Il faut donc bien les choisir.

L’objectif que je me suis donné cette année est de faire un maximum de découvertes et repartir avec plein de coups de cœur dans les oreilles, achetant peut-être quelques disques des artistes qui m’auront séduit, au passage.

J’ai donc volontairement fait impasse sur les concerts d’artistes trop connus (assez rares à POP, mais il y avait quand même Cœur de pirate, Giorgio Modorer, Built to Spill et les Barr Brothers au programme cette année) pour me focaliser sur les talents bruts. Surtout ceux d’ailleurs, puisque les nombreux bands locaux peuvent être vus plus facilement tout au long de l’année, alors qu’on peut parfois attendre plusieurs années le retour d’un groupe fétiche.

Rialto POP Montreal

Le Rialto (photo: Louis Longpre)

D’ailleurs, l’application mobile de POP Montréal est d’une très grande aide pour bien gérer son temps durant les cinq jours du festival.

MERCREDI 16 SEPTEMBRE

Une première soirée bien remplie à POP Montréal: 5 concerts en 5 lieux, autant de bières et deux nouvelles amies. J’ai aussi pu croiser tous mes passionnés chez RREVERB, 5 accréditations cette année!, pour couvrir les meilleurs des quelque 300 concerts au programme cette année. J’ai vu Vanessa, Nadine, China, Marc-André, Marie-Kim et pris une bière avec Karl-Philip et Éric. Pas mal sympa comme soirée de départ.

Après un petit concert extérieur de l’excellent groupe Ought, au Quartier Général de POP où je suis allé chercher ma passe média, j’ai mangé japonais sur St-Laurent avec trois amis, dont deux ont été victimes d’une overdose d’ail. Les copines se mirent à la recherche de chewing-gum pour garder espoir d’avoir une vie sociale plus tard dans la soirée, alors que les gars prirent le chemin des concerts qui les intéressaient.

Ought POP MTL

Ought (photo: Béatrice Flynn)

Alors, hop, je file au Centre PHI, dans le Vieux-Montréal pour aller voir Branko, programmé à 21h. C’est pas mal la salle la plus excentrée de tout le festival, essentiellement concentré dans le Mile-End (Théâtre Fairmount, le Ritz, la Fédération ukrainienne, le Rialto, la Sala Rossa étant les endroits de prédilection de POP). Ma première crainte est de me trouver une place de stationnement dans le Vieux-Montréal. Mais un mercredi soir, ça se fait assez bien et j’arrive à 21 h 04 au Centre PHI. Pas en avance, pas en retard, c’est mon leitmotiv.

Une DJ termine son set, puis rapidement, un gars et une fille s’installent sur la scène et lancent leur soul sensuel dans la quasi-obscurité. C’est agréable, ça groove bien. Pas toujours de grands airs, mais l’ambiance est très cool même s’il n’y a pas beaucoup de monde. Le mâle du groupe a la fâcheuse habitude d’insister un peu trop sur des p’tits sons stridents répétitifs, mais la voix très r’n’b de sa partenaire compense largement cet irritant.

Après environ 30 minutes de performance, ils disent s’appeler Denitia and Sene… Quoi?! Je ne suis pas en train d’écouter Branko? Je me précipite en panique sur l’app en pensant m’être gouré d’heure, mais valide que Branko joue bien à 21 heures. J’interroge le soundman qui me dit que les artistes prévus à 21  et 22 h 30 ont interverti leurs plages horaires… sans aviser personne! Tab. Je sacre. Je ne verrai donc pas Branko puisque j’ai un autre concert de prévu ailleurs à 22 heures.

 

Plutôt que de perdre davantage de temps à écouter une formation que je n’avais pas choisi dans ma soirée fort chargée, je file direction Mile-End vers la Fédération Ukrainienne pour y voir ce que donne la collaboration du guitariste malien Vieux Farka Touré et de la chanteuse jazz américaine Julie Easterlin.

Julia Esterlin

Julia Esterlin (photo : Lance LaBreche)

Bien installé au 2e rang de cette salle qui est toujours un véritable four, peu importe qui y joue, je savoure cette brillante collaboration entre le vétéran et la jeune femme. Sa voix douce et aérienne, mais puissante et solide est un beau complément au jeu de guitare typique de l’Africain. Ils viennent de mondes bien différents et se rejoignent en musique avec un respect réciproque. Mademoiselle Easterlin, née dans l’état de la Georgie, a une belle complicité avec son trompettiste. Certains passages semblent des improvisations, mais sont parfaitement synchronisés entre eux deux. Vieux Farka Touré nous a expliqué qu’il ne « rockerait » pas ce soir. Il se contentait d’accompagner sa partenaire.

Vieux Farka Touré

Vieux Farka Touré (photo: Lance La Breche)

À un moment du concert, un ampli ne fonctionnait pas au goût de Touré qui demanda de l’aide d’un technicien. Pour pallier à cette pause, la belle a chanté un standard jazz qui a charmé l’auditoire, patient.
À la Fédération ukrainienne, on perçoit toujours un fond d’encens: c’est une ancienne salle paroissiale qui a dû avoir une vocation religieuse à un moment donné de son histoire. Personne de saoul, mais tous enivrés par la beauté de la voix de cette Julie Easterlin et de la guitare de Vieux Farka Touré. Un très beau moment dans ma jeune soirée. Mon confrère Benoît Bergeron la raconte ici, encore plus en détail.

Je quitte le Mile-End pour aller encore plus au nord, retrouver les amies Joanna et Stéphanie qui m’avaient fortement suggéré le concert de Micachu & the Shapes au bar le Ritz PDB à 22 heures. J’y arrive alors que le trio a déjà joué quelques morceaux. Planté au tout premier rang, je reçois ce grunge expérimental et bruyant en pleine poire. Mica Levi (le vrai nom de la chanteuse) fait hurler sa disto, beugle des paroles incompréhensibles dans son micro, alors que la claviériste Raisa Khan ne semble pas savoir vraiment jouer de la musique. Seul le batteur Marc Pell tient le tout ensemble.

Hmm, je ne suis pas convaincu que j’ai fait un bon move de venir ici. Mais je laisse la chance au coureur, tant qu’à être sur place.

Les choses se placent (un peu). Certaines pièces de Micachu semblent tirées de l’époque « Bleach » de Nirvana, de cette époque de la fin des années 80 où les groupes suivaient la tendance Sonic Youth et exploraient autant le chaos que le minimalisme extrême. J’apprends que Mica Levi est une musicienne de formation classique qui composait dès l’âge de 4 ans et dont les deux parents sont musiciens. Ce n’est pas qu’elle ne sait pas jouer : elle fait cette musique chaotique volontairement. Voilà qui change un peu l’angle des perceptions… mais qui ne rend pas le tout nécessairement agréable pour autant.

Les néophytes de Micachu, dont je faisais partie, l’ont probablement trouvée brouillonne (ce qui est normal et voulu dans le mode grunge punk), chantant souvent très faux. La claviériste semblait être débutante en musique, tapant sur des notes qui émettaient des dissonances désagréables, parfois même offbeat!

POP 150916-Michachu-Béatrice-Flynn-3-small

Michachu (photo: Béatrice Flynn)

Au final, ce fut difficile d’être satisfait de la performance de Micachu: les fans de longue date (et ils étaient nombreux et intenses), furent déçus de la trop brève prestation de la Londonienne de 27 ans. À peine 35 ou 40 minutes et s’en était fait de Micachu. 20 $ le billet pour si peu, c’est frustrant. L’amie Joanna revivait un vif souvenir de son adolescence: elle avait vu le trio à Londres il y a une dizaine d’années. Ce coït interrompu la laissait un peu amère… Mais bon, vaut mieux regretter d’y être allée que d’avoir manqué sa visite et être restée dans le doute. C’est parfois difficile de revoir un(e) artiste qu’on a apprécié il y a longtemps. La seconde performance, si elle est moins bonne ou si l’on est dans un état d’esprit autre, peut abîmer le souvenir de la première.

Tout ça pour dire que Micachu pourrait / aurait pu être un groupe post-grunge hyper influent si elle avait pu mieux composer des chansons et les livrer avec rigueur. Prendre exemple sur Nirvana ou Fugazi un peu plus, aurait sorti Micachu du sous-sol de ses parents et lui aurait donné une plus grande notoriété.

Les amies sont parties, j’ai décidé de poursuivre ma soirée en musique, malgré la fatigue qui commençait à poindre dans mes pieds et ma tête.

POP 150916-Etiquette-Béatrice-Flynn-2-small

Etiquette (photo: Béatrice Flynn)

Au O Patro Vys, à presque une heure du matin, débutait le concert du projet de Julie Fader et Graham Walsh (de Holy Fuck), qu’ils ont baptisé Etiquette. J’ai eu raison de combattre la fatigue. Etiquette fait de la pop alternative hypnotique, un peu comme si l’on mélangeait du Mazzy Star avec Rhye ou quelque chose de plus moderne. La poignée de curieux qui étaient là a eu droit à un beau moment d’ambiance reposante, aérienne et quand même assez accrocheuse. Quelques moments plus rythmés se rapprochaient du rock à la 54.40: du bon Canadian alternative rock. Julie Fader possède de très belles habiletés de compositrice et sait les exploiter dans des styles accrocheurs. Vraiment bien!

 

Le lit m’appelle, ainsi que la responsabilité de bien travailler le lendemain…

Suite de POP Montréal demain!

Réagissez à cet article / Comment this article

commentaires / comments

About The Author

Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.