Ce n’est pas un concert ordinaire qui a eu lieu à l’Astral le mardi 5 juillet dernier, dans le cadre du festival International de Jazz de Montréal. « Basé à Kristiansand en Norvège, le festival Punkt se spécialise dans les concerts remixés en direct, véritables expériences sonores où impro et créativité sont les maîtres-mots. » Invité à y assister, le directeur artistique et cofondateur du Festival, André Ménard a été renversé par l’expérience et a décidé d’organiser un tel événement au FIJM… avec des musiciens de renom tels le trompettiste Nils Petter Molvær, le guitariste Eivind Aarset et son band et Jan Bang, suivis pour le remix live des musiciens électro Erik Honoré et Stian Balducci. Tous Norvégiens, les musiciens!

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Nils Petter Molvaer (photo: Benoit Rousseau)

C’est Nils Petter Molvaer qui a ouvert le bal avec un set solo (déjà une rareté) plutôt ambiant, avec des moments planants presque comme de la musique de spa, d’autres qui donnent la chair de poule (spooky, aurais-je dit en anglais) en déformant sa voix dans son micro de trompette et finalement d’autres moment où le rythme devenait presque industriel. Il a dû enjamber moult fils électriques, percussions, tables de travail, laptops et amplificateurs qui occupaient toute la scène de l’Astral. Que d’accessoires!

Pendant ce temps, les DJ enregistraient.

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Suivirent le guitariste Eivind Aarset et son band: des héritiers du prog rock sans doute, qui se sont lancés dans la musique expérimentale, voire expérientielle. Là aussi des moments plutôt ambiants, mais aussi des climax d’intensité.

Des félicitations à l’éclairagiste Jonas Magnussen qui donna un effet moderne, hypnotique, complètement tripatif avec ses séries de points, de lignes, de vagues, droites ou distordues, créant des effets de calme ou de vibration… toutes dans les teintes de noirs et blancs. Du grand art au niveau de l’éclairage de scène, du design, rien de moins.

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Eivind Aarset (photo Benoit Rousseau)

Pendant ce temps, les DJ enregistraient.

Finalement, dans cette soirée sans interruption malgré les changements de musiciens, les DJ créèrent une base sur laquelle les musiciens revinrent jammer. Le clonage ultime: Molaver et Aarset rejouaient sur la base qui avait été enregistrée puis remixée de leur propre jeu quelques minutes plus tôt.

Aarset a un jeu intéressant. Sur sa vieille guitare Fender bleu ciel abîmée, il dirige l’ambiance globale: les jeux d’intensité, les ambiances, les riffs plus mordants, tout émane de lui. Lors des moments avec le trompettiste, il lui laissa sa place, sans s’effacer. Ce dernier avait aussi la sagesse de ne pas intervenir à tous les instants, laissant le band mener le jeu. Le percussionniste Erland Dahlen contrôlait quant à lui les moments les plus upbeat – où l’on pouvait carrément taper du pied et hocher la tête – aux ambiances plus subtiles. Les deux DJ Erik Honoré et Stian Balducci construisaient rythmes, bruits et ambiances avec tout le matériel auquel nous et eux venions d’être exposés, “improvisant” leurs remixes sur place! Ici aussi on parle d’une nouvelle forme de virtuosité.

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Ce concert a immensément plu aux jazzivores! Les réactions les plus positives et élogieuses fusaient parmi les spectateurs après que les dernières se furent évaporées: du stoïque “wow” au “meilleur concert EVER” aux mâchoires ramassées par terre, partout dans l’Astral, c’était unanimes. En parlant avec quelques connaisseurs avant le concert, leurs attentes étaient élevées… et elles furent visiblement comblées. Les musiciens aussi avaient l’air ravis de leur performance, quoique les Norvégiens ne soient pas les personnes les plus expressives qui soient! La satisfaction de la mission accomplie se lisait sur leurs visages.

On sentait la frénésie et le plaisir qu’avait André Ménard, grand manitou de la programmation et manique de jazz à voir ce concert, qu’il a tenu à présenter lui-même, leur accordant un rappel malgré l’heure un peu tardive. Hé, ce n’est pas tous les jours qu’on a sous les yeux de tels musiciens sur une même scène.

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Au stand de disques HMV installé devant la Place-des-Arts, quelques nouveaux fans d’Eivind Aarset cherchaient désespérément des enregistrements de l’innovateur guitariste norvégien. Croisé là, un des musiciens de Royal Pickles, lui aussi abasourdi, eut la main heureuse et trouva les dernières copies, tendant la toute dernière de “Dream Logic” à votre humble serviteur, ravi de se l’approprier, devant deux autres fans, devancés par quelques secondes. Des gens “s’arrachant” des disques d’Aarset chez un disquaire… Est-ce que quelqu’un aurait pensé voir ça?

C’est avec une récolte de deux albums d’Aarset un de Nils Petter Molvaer ainsi qu’un de Vijay Iyer (un pianiste que j’apprécie) que je rentrai à la maison, ébahi par ce concert, que dis-je par cette expérience unique et enthousiaste par les découvertes que je ferai sur disque plus tard cet été, quand sera terminé ce magnifique buffet de jazz qu’est ce festival.

 

PUNKT – avec Nils Petter Molvær, Eivind Aarset et son band et Jan Bang, suivis pour le remix live des musiciens électro Erik Honoré et Stian Balducci avait lieu le mardi 5 juillet 2016, à l’Astral, dans le cadre du Festival international de Jazz de Montréal.

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Photos: Benoit Rousseau, FIJM

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.