Les artistes de hip-hop qui élèvent le jeu d’une coche se font de moins en moins rares. À moins que, tranquillement, je m’habitue à ce style musical qui m’était plutôt rébarbatif à la base. La preuve qu’en creusant un peu et qu’en restant ouvert d’esprit, on trouve du bon.

Après mes coups de coeur pour Azealia Banks puis Alert312, voilà que j’apprécie ces ptits nouveaux du nom de Rae Sremmurd (ce qui vient de Ear Drummers, à l’envers), qui semblent être sur une bonne lancée puisque je vois leur nom passer en pas mal gros caractères sur les affiches de festivals internationaux. Ces p’tits jeunots ont une bonne dose d’arrogance qui plaira aux fans du genre.

Ça se comprend, ces deux gars d’Atlanta ont quelque chose. Ils ont du caractère, de l’authenticité dans la voix. Sur Unluck the Swag, on sent toute la haine, le désespoir, qui écorche la voix. Ça ne peut pas être feint. Comme Lennon quand il hurlait « Motheeeeer » en pleine thérapie du cri primal, après la fin des Beatles.

Là s’arrêtent les comparaisons avec John. Rae Sremmurd est définitivement de son temps. La musique sur « StremmLife », leur tout premier opus en carrière, est parfois redondante et minimaliste, mais la personnalité puissante des deux jeunes vedettes compense pour ces lacunes. Un peu comme Rihanna ou Eminem, on sent la personnalité transpercer le haut-parleur, comme un acteur brillant crève l’écran (No Flex Zone). Une chanson comme My X résonne par la frustration amoureuse dans toute sa splendeur. Le flow est à couper au couteau. L’émotion est à fleur de peau. On sent les veines se contracter dans son cou lorsqu’ils chantent. Du brut.

Ça se gâte lorsqu’ils succombent aux sirènes de la pop et, sacrilège, font de l’autotune. Sur This Could Be Us, on est dans la pop commune et sans intérêt. La passion a été évacuée. Les deux notes de piano sentent la pauvreté musicale au lieu du minimalisme artistique. Heureusement, ce type de morceaux est plutôt rare sur « StremmLife ».

Les deux frangins qui composent Rae Sremmurd, Swae Lee et Slim Jimmy (ou Khalif Brown et Aaquil Brown de leur vrais noms) sont nés à Tupelo dans le Mississippi, mais ont grandi à Atlanta. Leur plus gros tube sur cet album, « No Type » a rejoint le 16e rang du palmarès Billboard et a été vu plus de 179 millions de fois (au moment d’écrire ces lignes). Un petit coup de pouce des stars telles Nicki Minaj (qui participe à la pièce Throw Sum Mo) n’a pas fait de tort.

RAE SREMMURD
SremmLife
(EarDrummers / Interscope, 2015)

-Genre: hip-hop
-Dans le même esprit qu’Azealia Banks, Beastie Boys

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.