Bien que Renaud fût bien connu à travers l’Hexagone depuis la fin des années 70, il lui fallut provoquer l’Angleterre afin de se faire enfin remarquer au Québec, où les francophones n’avaient jusque-là pas été exposés au talent du Parisien. Il faut dire qu’une grande majorité d’entre nous n’aurait probablement pas compris le personnage du loubard ni du titi parisien de ses premières années, ni plusieurs des références franchouillardes de ses textes. « Mai ‘68 », le socialisme, et le bal du samedi soir ne résonneront jamais autant au Québec qu’en France.

C’est avec le tube Miss Maggie, qui frappe avec son humour cynique et cinglant, que les Québécois découvrent Renaud. Comme moi, la plupart des Québécois creuseront ensuite davantage sa discographie pour découvrir pêle-mêle les « Marche à l’ombre » et autres « Aventures de Gérard Lambert ».

 

C’est donc avec son 7e album, « Mistral gagnant », paru en janvier 1986, que sa chanson se moquant des « hommeries » de la guerre et de la violence (et accessoirement de Margaret Thatcher) devient une carte de visite jusqu’en Angleterre, où elle provoque. C’est entouré de musiciens américains qu’il enregistre cet album : Michael Landau à la guitare électrique (collaborateur de Joni Mitchell, James Taylor, Miles Davis…), Randy Kerber aux claviers (Leonard Cohen, Whitney Houston, Mette Midler, Neil Diamond), Neil Stubenhaus à la basse (Elton John, Blood Sweat & Tears, Michael Bolton), Mike Baird à la batterie (Hall & Oates, Donna Summer, Billy Idol) entourent les fidèles Jean-Pierre Buccolo à la guitare et compositeur de trois des onze titres, Jean-Philippe Goude aux claviers et à la réalisation. Le son américain de cet album l’éloignera de ses œuvres précédentes, mais contribuera peut-être à son rayonnement à l’étranger.

Ce disque est beaucoup plus mielleux que les précédents (La pêche à la ligne) et il inclut quelques rocks un peu « middle-of-the–road » aux guitares stridentes (Si t’es mon pote…) qui jurent un peu avec le style folk du Renaud des premières années. Certaines mises en scène ne sont drôles que la première fois où l’on les découvre (Baby Sitting Blues). Ces morceaux ne passeront pas à l’histoire.

 

La chanson-titre, par contre, elle est géniale! Sur une superbe mélodie jouée au piano, Renaud est nostalgique et tendre. Simplement en l’écoutant, on ne saurait dire si elle s’adresse à une femme ou à une enfant (mais en regardant le clip, on comprend mieux où Renaud veut en venir). Ce texte regorge de magnifiques images poétiques qui montrent toute la sensibilité de l’auteur. Comme s’il voulait rapidement retrouver son rôle de joyeux luron, Renaud lance tout de suite après Les Trois Matelots, un classique de son répertoire, une chanson à répondre de marin. Encore plus marrante, Tu vas au bal est une rigolotte pièce typique de l’héritage bal musette qui a marqué les premières années de Renaud. Celles qui me plaisaient moins à l’époque, comme Morts les enfants, me touchent davantage aujourd’hui, vingt-cinq ans plus tard. C’est là qu’on apprécie les grands artistes.

 

Renaud Séchan est né à Paris en 1952. Sa discographie est pratiquement irréprochable de ses débuts en 1975 jusqu’à la fin des années 80, mais devient inégale par la suite. Sa page Wikipedia souligne avec justesse son implication grandissante dans les questions de société, en France : Il s’est lui-même surnommé « le chanteur énervant » en raison de ses multiples engagements pour des causes comme les droits de l’homme, l’écologisme ou l’antimilitarisme qui transparaissent fréquemment dans ses chansons et qui ont suscité de nombreuses réactions tout au long de sa carrière. Si elles ont souvent été contestées, il est devenu au fil des années l’un des Français les plus populaires.

renaud mistral gagnant album

RENAUD
Mistral gagnant
(Virgin, 1986)

-Genre : chanson

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.