Le genre de choses qui n’arrivent pas souvent dans une vie : avoir l’occasion d’échanger avec Robert Plant, légendaire chanteur de Led Zeppelin, et artiste solo depuis la triste fin du groupe en 1980. L’homme de 66 ans a presque 50 ans de métier derrière la cravate et une liberté artistique et financière quasi totale. Et il en profite pour continuer à suivre sa muse.

La maison de disque Warner avait organisé une téléconférence avec Robert Plant lundi dernier, sur l’heure du midi, mais ce n’est qu’aujourd’hui que je peux vous en parler. La promotion de son tout nouvel album « lullaby and… The Ceasless Roar » bat son plein et le auteur et chanteur est en forme. Il est heureux. Je l’étais aussi de pouvoir assister à cette conversation permise à une poignée de journalistes canadiens. Un grand honneur dans ma modeste carrière.

D’une gentillesse désarmante

Si vous avez écouté les entrevues que Plant a données dans les dernières années, vous aurez remarqué que l’homme est d’une gentillesse désarmante, et semble en paix avec son parcours, avec la vie qui lui a fait vivre des moments noirs – comme les décès successifs de son fils de 5 ans, Karac, en 1977, suivi de celui de son meilleur ami John Bonham trois ans plus tard. Celui-là même qui avait été d’un précieux support lorsque le père de famille avait le cœur brisé. « That was the end of all innocence » dit-il. C’était aussi la fin du plus grand groupe rock des années 70 : Led Zeppelin.

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C’est un Robert Plant à la voix un peu fatiguée (il venait de célébrer son 66e anniversaire pendant cinq jours…) qui nous parlait de son pays natal : les frontières galloises. Il y pleuvait de façon démente, nous raconte-il d’entrée de jeu « mais il n’y a pas de problème climatique, parce que George Bush nous l’a dit », ironise-t-il. Mais il reste que Plant est heureux. Il fait ce qu’il veut – musicalement et dans sa vie de tous les jours – et tente de satisfaire sa soif d’aventures musicales.

Ne lui parlez pas de réunion avec Led Zep même si Jason Bonham (fils de…) tient très bien le rythme, même si les relations avec Jimmy Page et John Paul Jones semblent harmonieuses. Robert Plant est ailleurs.  Robert Plant aime essayer de nouvelles choses plutôt que de revenir dans le passé. Vous remarquerez d’ailleurs qu’il ne perd pas son temps à revisiter ses propres chansons solo : il a toujours les deux pieds dans un nouveau projet, souvent avec de nouveaux musiciens, d’ailleurs. « I love relationships and frienships, although i’m not good at keeping them » dira-t-il en faisant référence à sa récente séparation avec Patty Griffin, sa compagne des dernières années avec laquelle il a revisité le répertoire folk américain.

PLANT et son ex, PATTY GRIFFIN

PLANT et son ex, PATTY GRIFFIN

Avec son nouveau groupe The Sensational Space Shifters, il donne une fois de plus dans les mélanges : un terme qu’il utilise d’ailleurs en français durant l’entrevue.

Plant aime les mélanges

Des mélanges de ses propres goûts musicaux, ainsi que de ceux des collaborateurs avec lesquels il travaille. Depuis 1972, alors qu’il avait visité les peuples africains vivant au pied des montagnes, Plant est captivé par les rythmes et musiques du monde. On l’a senti dès Kashmir – grand classique du Zeppelin – mais encore plus lorsque Page et Plant se sont réunis pour revoir certaines grandes chansons du groupe accompagnés par un orchestre marocain. Déjà, les rythmes devenaient hypnotiques, déjà Plant nous emmenait ailleurs.

C’est encore ailleurs qu’il nous emmène sur « lullaby… ». Ailleurs parce qu’il collabore avec des musiciens aux horizons et influences bien différents que les siens, et bien différents de ses collaborateurs précédents. « Guys on the move, very prolific musicians, a light footed assembly » dit-il de ses comparses actuels.

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On va se dire les vraies affaires, ce ne sont pas tous les albums de Robert Plant qui ont été marquants. Les premiers souffraient des expériences avec les premiers claviers. Qu’une chanson ou deux tenaient la route, comme The Big Log, par exemple. Il a vécu une renaissance lorsqu’il a renoué avec le rock sur « Now and Zen » qui faisait clairement référence à Zeppelin (avec des échantillons de la guitare de Page, d’ailleurs). C’est d’après moi au contact d’Alison Krauss que Plant s’est transformé en un chanteur doux et sensible. Qu’il a cessé de se chercher. Qu’il est devenu touchant.

Son nouvel album est un « mélange », comme il le dit lui-même, entre le retour aux sources de ses propres racines galloises, ses explorations musicales africaines et sa nouvelle sensibilité comme chanteur. La chanson Rainbow en est sans doute un bon exemple, tout en simplicité.

On lui a demandé comment l’inspiration venait, après toutes ces années, comment il entretenait sa voix. « My spirit’s high, and I keep working all the time (il a joué dans 110 concerts dans le 18 derniers mois, à l’âge de 65 ans, quand même!), and I keep having a free spirit. I also work with prolific musicians who also have free spirits, which also keeps everything very fluid. As long as I have something to talk about, I will continue.”

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Parlant de concerts, on lui a fait remarqué qu’une seule date canadienne avait été annoncée, soit à Toronto, au Massez Hall le 30 septembre prochain. « Oh, I’m sure we’ll play more dates in Canada later on. These are only a few shows in America – 8 I think (7 en fait – NDLR) – before we hit the UK tour. Afterwards, we’ll be back with more dates for sure”.

Des collaborations à venir?

Plant a collaboré avec plusieurs musiciens au fil des ans. On lui a demandé s’il rejouerait avec Alison Krauss ou avec qui il souhaiterait travailler. « Je suis très ami avec Alison et je ne peux pas vous dire si on va travailler ensemble bientôt. Je débute cette belle aventure avec The Sensational Space Shifters et vit dans le moment présent. Sinon, parmi les artistes qui me fascinent et avec lesquels j’aimerais travailler, il y a PJ Harvey et Low.

Wow. Imaginez-vous ça? PJ Harvey et Robert Plant! Ça pourrait en effet être un match plus qu’intéressant. Polly Jean ne fera pas dans la guimauve et poussera Plant à se donner. Le charisme un peu macho de ce dieu du rock fera-t-il bon ménage avec cette fille forte, de 25 ans sa cadette, elle que la presse associait aux Riot grrrls ultra féministes?robert-plant-interview-2014

Serein, il va de l’avant

Si ça ne se matérialise pas, je suis convaincu que Plant va quand même bien dormir. L’homme est en paix avec lui-même, semble serein et heureux. Pas du tout prétentieux, même très gentil, Robert Plant essaye simplement de poursuivre son chemin de vie et de musique en observant le monde qui l’entoure, en tentant de créer de la musique « that’s gonna knock myself out » avant tout. On ne peut que l’admirer pour avoir conservé cette attitude si positive et saine avec la carrière et la vie qu’il a eue jusqu’ici.

 

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Le nouvel album de ROBERT PLANT and the Sensational Space Shifters, « lullaby and… The Ceasless Roar », sort le 9 septembre 2014 sur etiquette Warner.

Cliquez ic pour l’achat en ligne (iTunes)

Le 30 août à 9 h 00, heure de l’est (Canada/États-Unis), vous pourrez entendre l’album en streaming sur cette page! Cliquez sur la photo tout en haut.

Musiciens:
Justin Adams (ex-guitariste chez Jah Wobble) – bendirs, djembe, guitars, tehardant, background vocals
Liam “Skin” Tyson (ex-guitariste de Cast) – banjo, guitar, background vocals.
John Baggott (un régulier chez Massive Attack et Portishead) – keyboards, loops, moog bass, piano, tabal, background vocals
Juldeh Camara – kologo, ritti, Fulani vocals
Billy Fuller – bass, drum programming, omnichord, upright bass
Dave Smith – drum set

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About The Author

Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.